Résultats d’école : données et propagande.

mercredi 14 décembre 2011
par  Moka63
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Les nouvelles évaluations nationales mises en place depuis trois ans ont permis à M. Chatel de se féliciter en juin dernier des "progrès des élèves" du primaire, tant en français qu’en mathématiques.

L’inadéquation générale de ces évaluations, le manque de fiabilité des résultats collectés ont pourtant clairement été dénoncés par de nombreux acteurs de l’éducation, et les appels au boycott de ce dispositif ont été multiples.

Malheureusement pour notre ministre, son enthousiasme se voit tempéré par des organismes nationaux dont les propos viennent renforcer les argumentaires des professionnels de terrain .

Trompeurs, peu fiables, confus...

Le Haut Conseil de l’Education a publié cet automne un rapport cinglant sur ces évaluations. En voici quelques citations :
- Les indicateurs concernant « les compétences de base » en français et en mathématiques sont partiels, peu exigeants, et donc trompeurs quant à la maîtrise du socle commun.
- Les indicateurs tirés des évaluations nationales des trois paliers du socle commun ne sont pas fiables pour des raisons de méthode.
- Au palier 1 du socle, la confusion entre deux types d’évaluation prive les indicateurs de la rigueur nécessaire
- Les évaluations de CE1 ne peuvent servir de support à l’élaboration rigoureuse d’un indicateur de pilotage du système éducatif relatif aux acquis. (...)

Aussi, le HCR nous invite-t-il à consulter les travaux de Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, DEPP qui met en place des méthodologies d’évaluations autrement fiables et rigoureuses, mais dont les résultats semblent intéresser bien peu le gouvernement.

Une question pointe soudain dans notre esprit : serait-il possible que ces hommes politiques qui se font les champions de "l’amélioration des performances", se soucient si peu de la qualité des chiffres supposés permettre un "pilotage efficient" ?

Serait-il possible que cette indifférence surprenante révèle une autre réalité, où le rôle des chiffres ne serait pas de refléter le fonctionnement réel d’un système ?

Serions-nous confrontés à des hommes politiques qui cèdent à la tentation de biaiser les statistiques, ne laissant émerger que les données utiles, quelle que soient leur valeur réelle ?

L’indépendance : un combat de tous les jours.

Ce début de doute est épaissi par un communiqué publié le 2 novembre par les statisticiens à propos de la Depp. Les chercheurs y protestent vigoureusement sur l’usage qui est fait de leurs travaux concernant l’éducation nationale :

« [La] rétention d’information a pour objectif de faciliter la communication du ministre. Ainsi, ce
dernier a pu s’enorgueillir, lors de sa conférence de presse de rentrée (1er septembre 2011) d’améliorer
les compétences des élèves malgré la hausse du nombre d’élèves et la baisse du nombre d’enseignants.

Ces résultats sont pourtant sujets à caution : alors que jusqu’au milieu des années 2000, les enquêtes
dont sont tirés ces résultats étaient conçues et réalisées conjointement par des statisticiens et des
enseignants. Elles sont à présent menées par la Direction pédagogique du ministère (DGESCO).

Or la
DGESCO n’est pas un service statistique, et ne bénéficie donc pas de l’indépendance vis-à-vis du
ministère dont jouissent légalement les services statistiques ministériels.

De plus, la réalisation et
l’exploitation d’enquêtes de ce type ne fait pas partie a priori des missions de la DGESCO.

La
publication des résultats moins flatteurs d’opérations conduites en parallèle par la Depp n’est pas
autorisée, ce qui est plus inquiétant encore.

Sans ses publications, la Depp est progressivement vidée de sa substance et de sa raison d’être. Des
médias comme Médiapart ne s’y trompent pas et ont expliqué récemment qu’ils ne considéraient plus
la Depp comme une source d’information statistique sur l’Éducation nationale.

Pour remédier à cette situation, la Depp doit pouvoir diffuser, à des dates annoncées, une information
contrôlée et objective sur les grands sujets relatifs au thème de l’Éducation, sans se voir reprocher un
manque de discrétion, gênant une communication qui voudrait renseigner unilatéralement. »

Le même communiqué détaille :

« L’indépendance de la Statistique publique est un combat de tous les jours.

[Des ministres] rompent des embargos en diffusant et en commentant des chiffres avant la
date autorisée.

D’autres encore détournent certains résultats d’études pour tenter de faire dire aux
chiffres ce qu’ils souhaitent, avec parfois des erreurs grossières qui tendent à discréditer les statistiques
publiques. »

On donnera la palme de ce comportement à M. Guéant, qui utilise les chiffres de l’INSEE de façon plus que fantaisiste, et s’enferre dans des affirmations totalement fausses, concernant l’échec scolaire des enfants de familles issues de l’immigration. Contredit par deux fois par le journal Libération, il persiste pourtant à asséner ses conclusions douteuses et nauséabondes... (1)

.

Dysfonctionnement.

Cette tendance n’est pas récente, et n’est pas non plus limitée à l’éducation nationale. Elle date au moins de 2008, et concerne également la justice, les chiffres du chômage, l’évaluation du coût du bouclier fiscal, ou de la pollution liée à l’agriculture.

On lira avec intérêt les dérives pointées par la note publiée en 2008 par les personnels chargés de collecter ces chiffres, et empêchés de les publier :

« 
Depuis longtemps les agents de
la statistique publique jouent
leur rôle de veille, dénonçant les
insuffisances et les
dysfonctionnements du système
statistique public. Mais le débat
de 2007-2008 sur la mesure du
chômage à l’Insee montre
combien les choses peuvent vite
déraper. »

Propagande.

Nos conclusions rejoignent celles de nos statisticiens révoltés (*) :

« À six mois des élections présidentielles et législatives, les citoyens doivent pouvoir s’informer en toute indépendance et ne pas être
tributaires de la propagande, quelle que soit son origine.

Il est primordial de faire respecter les principes d’indépendance, de pertinence, d’impartialité et de
neutralité, piliers de la statistique publique, et garants d’un véritable débat démocratique. »

.

Et nous applaudissons des deux mains ces chercheurs quand ils annoncent qu’ils
« saisiront les autorités et instances compétentes, mais surtout, informeront les citoyens et les prendront à
témoin des graves dérives qui pourraient perdurer ou se produire. »


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