Suppressions de postes, objectif 2011 : ronger l’os.

dimanche 30 mai 2010
par  Moka63
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Bon, reprenons, reprenons, c’est la crise.

Concernant l’Éducation, notre dernier ministre en titre confirme la volonté du gouvernement de supprimer 17 000 postes d’enseignants au budget 2011. Mais comment faire quand tous les réservoirs sont épuisés ?

Les recteurs sont mis à contribution pour rivaliser d’inventivité pour la rentrée 2011...

...Mais les consignes qu’ils ont reçues n’ont peut-être pas obtenu le consentement général espéré, puisqu’elles ont ["fuité", par exemple ici, ou
ici.


Le ministère propose "d’activer différents leviers" pour atteindre les objectifs de suppression massive de postes pour la période 2011-2013 dans le premier degré.

Le « volume » des retraits de postes ne doit plus seulement « descendre » du ministère, il doit aussi « remonter » du terrain...

Un mode d’emploi et un calendrier ont été fournis par le ministère aux recteurs et IA afin de leur donner des pistes de travail...

« L’identification des "gisements" doit se faire indépendamment :
- des situations de sur ou sous-dotation,
- du respect des enveloppes d’emplois et de masse salariale
- et des contraintes démographiques qui seront introduits dans l’exercice ultérieurement. »

(fiche "démarche" du diaporama,.)

Traduction : il n’est plus du ressort des recteurs d’organiser le déploiement du personnel en tenant compte des niveaux de dotation ou de la démographie, et de façon à ce que les choses tournent correctement. Ils se doivent d’identifier et de faire connaître des "gisements" de postes qu’il serait possible de supprimer...

L’élaboration du schéma d’emploi 2011 2013 se fera à partir de ces analyses, le 15 juin.


ECOLES PLUS GROSSES, CLASSES PLUS CHARGEES

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CHARGER LES CLASSES EN ELEMENTAIRE.

L’objectif chiffré est d’une remontée de 0,6 ou 0,7 élèves par classe, ce qui représente 6000 à 7000 postes.

FERMER LES PETITES ECOLES.

« La fermeture de petites écoles est progressive sur le moyen terme et peut encore progresser, en accord avec les communes concernées. En effet, à la rentrée 2009, on recensait 4 971 écoles à classe unique et 11 538 écoles avaient une ou deux classes, soit 23,56 % des écoles. »

... Et puis calculer le nombre d’élèves non plus par école, mais par commune...

Traduction : les communes peuvent bien dépérir, les enfants faire des heures de transports pour rejoindre la grosse école la plus proche... Il est en effet toujours difficile de passer de 2 classes à une classe. Par contre, passer de 8 à 7 se fait sans trop de protestations.


REDUIRE ENCORE LE NOMBRE DE REMPLACANTS.

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FORMATION CONTINUE DES ENSEIGNANTS REDUITE.

« La formation continue est la principale variable d’ajustement du remplacement.

Il est envisagé de développer les sessions de formation en dehors du temps scolaire (le mercredi après-midi) ou pendant les vacances scolaires. »

Traduction : ce seront forcément des stages plus courts, et moins nombreux...

REMPLACANTS VACATAIRES.

Recours à des non-titulaires :
- « à hauteur de 80 % pour les absences de moins de deux jours,
- de 50 % de trois à cinq jours,
- de 25 % entre six et dix jours, les vacataires étant supposés avoir un rendement de 100 %. »

Traduction : ces remplaçants n’ont pas intérêt à tomber malades... Ils n’auront pas de statut, ils n’auront pas de formation spécifique.


MATERNELLE :

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ENCORE MOINS DE PLACE POUR LES DEUX ANS.

« En France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer, en dix ans, le taux de scolarisation des enfants de deux ans est passé de 34,8 % à 15,2% dans les écoles publiques et privées sous contrat.

Aux rentrées 2008 et 2009, la baisse a été proche de trois points : il n’y a plus que 11,6 % d’enfants de moins de 3 ans scolarisés dans le public et la baisse tendancielle de ce taux est déjà inscrite dans les prévisions d’effectifs. »

Le gain en emplois se calculera en prenant en compte les éléments suivants :

- « nombre de fermetures liées à la « déscolarisation » des deux ans (toutes écoles, hors éducation prioritaire et en éducation prioritaire) ;
- incidence sur le nombre moyen d’élèves par classe, toutes écoles confondues, hors éducation prioritaire et éducation prioritaire ;
- nombre total de fermetures proposées en tenant compte du nombre d’élèves par classe (toutes écoles, hors éducation prioritaire et en éducation prioritaire) »
.

OBJECTIF : 32 PAR CLASSE.

Élévation des seuils d’ouverture :
- 27 élèves en classe maternelle en éducation prioritaire,
- 32 hors éducation prioritaire.


LES ENSEIGNANTS « HORS LA CLASSE » : UNE CIBLE PEU VOYANTE.

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Le pourcentage des enseignant en responsabilité d’une classe représente, selon le diaporama du ministère, 83,07 % des emplois, soit 52 000 emplois.

Si l’on exclue le personnel en congé maladie ou en formation, il reste 25 353,5 emplois d’enseignants « hors la classe »à la rentrée 2009 :
- « les enseignants chargés de la prévention et du traitement des difficultés scolaires (dont RASED) : 12 918,5 emplois ;
- les enseignants qui accueillent les primo-arrivants : 920,75 emplois ;
- les enseignants affectés à la scolarisation des enfants malades ou handicapés, hors classe d’inclusion scolaire et classe d’adaptation : 4 102 emplois ;
- les enseignants affectés à l’enseignement à l’extérieur des écoles : 1 987,5 emplois ;
- les conseillers pédagogiques : 3 618,25 emplois ;
- les personnels en situations diverses (MAD, fonctions exceptionnelles, PACD/PALD, décharges syndicales) : 1 783,5 emplois. »

ENSEIGNEMENT SPÉCIALISÉ – RASED : LE COUP DE GRACE.

Plusieurs scénarios doivent être examinés :

- Suppression des seuls maîtres G [rééducateurs] (non-remplacement des départs en retraite et affectation en classe) et poursuite de la politique de sédentarisation des maîtres E dans les écoles où la difficulté scolaire se manifeste le plus (sans économie) ;

- Suppression des maîtres G et des maîtres E ; pour ces derniers, il convient d’estimer quel est le besoin de maîtres E maintenus en « surnuméraires » dans les écoles, voire dans des structures ad hoc (milieu rural par exemple) ;

- Suppression des maîtres G et des maîtres E, ET mise en extinction des psychologues scolaires.

CONSEILLERS PÉDAGOGIQUES : QUELLE PRODUCTIVITE ?

« S’agissant des conseillers pédagogiques ou « faisant fonction » au nombre d’environ 3 620), le ratio d’encadrement moyen est de 89 enseignants par conseiller et le ratio le plus élevé de 116 enseignants par conseiller.

Il est probable que la « bonne cible » nationale est comprise entre les deux. Aussi, vous est-il demandé de procéder à un examen de l’activité des conseillers pédagogiques et de leur productivité. »

INTERVENANTS EXTÉRIEURS : ASSISTANTS DE LANGUE : INUTILES.

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SUPPRESSION D’UN MILLIER D’EMPLOIS D’ASSISTANTS ÉTRANGERS :

il y a 1 059 emplois d’assistants étrangers et 1475,5 emplois d’intervenants extérieurs.

La suppression d’un millier d’emplois devrait, selon notre ministre, être sans conséquence sur l’enseignement des langues...


RÉSUMONS-NOUS :

Ce document étant prévu pour rester d’usage interne, foin des précautions oratoires.

Il s’agit très explicitement de :

« mobiliser les gisements d’efficience visant respecter la contrainte du non remplacement d’un départ sur deux pour la période 2011/2013 »,

- les classes seront donc plus chargées, particulièrement en maternelle, où le seuil de 32 élèves par classe ne saurait nuire à la qualité de l’enseignement...
- les écoles seront plus grosses et plus lointaines, notamment à la campagne,
- le nombre des conseillers pédagogiques sera réduit,
- les temps de formation continue proposés seront également limités,
- les postes d’intervenants spécialisés du RASED, rééducateurs, psychologues scolaires seront supprimés, les enfants ayant de forts problèmes comportementaux ou d’apprentissage ne recevront donc plus aucune aide spécialisée,
- les remplaçants ne bénéficieront plus d’aucun statut digne de ce nom, ni de formation...

Ajoutons à cela que les IUFM seront supprimés dès la rentrée 2010 et la formation professionnelle effective réduite à peau de chagrin, (*)

... et nous avons l’assurance d’une école plus accueillante, plus à même d’accueillir toutes les enfances maltraitées par la crise...

Car, soyons rassurés, il est prévu que tout cela se fasse « sans dégrader les performances globales. » Nos recteurs pourront se sentir pleinement sereins dans l’accomplissement de leur mission, et nous pouvons chasser toute inquiétude concernant l’avenir de notre système éducatif.


EN SAVOIR PLUS :

Pour le secondaire, on peut également se reporter au commentaire de D. Calin, notamment concernant le second degré.

Lire l’article publié sur le café pédagogique du 29 mai..

Pour le détail des réformes déjà mises en place depuis 2008, on se reportera à la rubrique : Réformes en cours : contexte et conséquences.

A relire : les recommandations du cahier 13 de l’OCDE un peu glaçantes mais instructives, testées pour nous dans les pays du tiers monde, on dit maintenant en voie de développement. Et nos pays à nous, "en voie" de quoi sont-ils ?

« Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité.

Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

Et se réveiller... Unir nos forces...

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Documents supplémentaires :

Les consignes aux recteurs sont détaillées dans le diaporama général de présentation du schéma d’emploi 2011 2013, ici.

On peut aussi télécharger ce diaporama ici :

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Celui-ci est accompagné de fiches d’application. Celles qui concernent l’élémentaire ont particulièrement attiré notre attention.


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