Evaluations CM2 2010 : opération lissage.
Les résultats 2010 sont si discordants avec le cru 2009 qu’il a fallu leur appliquer une correction statistique. Les épreuves ont été reconnues comme plus difficiles que l’année précédente, mais il fallait tout de même bien penser à nos meilleurs élèves...
Exemple de bricolage effectué :
| 2009 | 2010 | ||
| maths/40 | acquis très solides | de 27 à 40 bonnes réponses | 24 à 40 bonnes réponses |
| bons acquis | de 20 à 26 bonnes réponses | de 16 à 23 bonnes réponses |
Mr Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire DGESCO reconnaît les défauts de la nouvelle Evaluation Nationale CM2. Il admet même qu’il existe peu de moyens pédagogiques offerts en solution aux problèmes constatés.
Mais il se permet cependant d’analyser les résultats de ces évalutions 2010, et de préconiser d’appliquer "mieux" les "nouveaux" programmes, et d’infliger aux élèves davantage d’exercices de mémorisation.
Un texte de Sylvain Grandserre, initiateur l’appel des 200 maîtres , publié sur le Café pédagogique,, le 6 avril 2010.
Les résultats des évaluations nationales de CM2 qui ont eu lieu en janvier dernier ont été rendus publics le mardi 30 mars 2010. De la communication qui en a été faite, ressortent plusieurs informations importantes qui donnent une fois encore raison à tous les signataires et soutiens de l’appel contre ces évaluations.
Beaucoup plus difficiles.
Ainsi a-t-on appris par un communiqué du Snuipp (Café pédagogique du 2 avril 2010) : « le ministère reconnaît des défauts dans l’évaluation CM2 ». Il lui en aura fallu du temps !
En effet, « les exercices proposés étaient beaucoup plus difficiles que l’an dernier » au point que « les services du ministère ont dû procéder à une correction statistique pour assurer une comparabilité des deux évaluations ». Bref, entre des classes qui bachotent et parfois bidouillent et des statisticiens qui bricolent, on se demande bien quel intérêt scientifique peuvent avoir de telles évaluations !
D’ailleurs, si des scientifiques se penchent un peu plus sur le détail des résultats, ils risquent de tomber de haut ! Et pour cause, puisque les résultats comparés académie par académie entre 2009 et 2010 sont stupéfiants.
Par exemple, en mathématiques, dans l’académie de Lille, 36 % des élèves avaient des "acquis très solides" en 2010, ils n’étaient que 24% en 2001 (la moyenne nationale n’a pas changé) !
Même phénomène dans la plus grande académie de France, celle de Versailles où la proportion de ces élèves passe de 35 % à 45 %.
Devant de tels progrès, il conviendrait de dépêcher immédiatement une équipe de recherche pour comprendre comment ils sont obtenus et tenter de généraliser ce phénomène… S’il s’agit là d’un exemple des heureux effets de la "correction statistique", il serait bon d’en rendre publique la formule pour que tous les maîtres de CM2 puissent la pratiquer sans délai.
On remarquera également que les évaluations que le ministère a rendues publiques pour la Grande Section ont fait l’objet de critiques particulièrement sévères de la part d’un des meilleurs spécialistes des apprentissages numériques, Rémi Brissiaud (voir son texte sur le site du SNUIPP).
Quant à l’éventualité de confier le dossier des évaluations à la DEPP, cela évitera quelques-uns des défauts constatés surtout si celle-ci s’entoure de praticiens et spécialistes capables d’en changer la logique purement comptable.
Remontées.
Dans une interview accordée à l’AEF (31/03/2010), Jean-Michel Blanquer de la DGESCO nous en dit un peu plus.
Pour cela, il s’appuie sur des remontées de résultats supérieures à l’an dernier (nous serions passés de 79% à 93 % de retour). Il n’est malheureusement pas fait état des conditions véritables pour obtenir ce chiffre : pressions, menaces, sanctions, versement de primes, et même un enseignant retiré une semaine de sa classe !
Rien n’est dit non plus sur les remontées partielles qui avaient provoqué quelques tripatouillages de chiffres l’an dernier, un syndicat d’inspecteurs (SNPI-FSU) ayant même affirmé (communiqué 12 mars 2009) que « certains inspecteurs académiques se sont laissé aller à des dérives en demandant aux inspecteurs de l’éducation nationale de trafiquer les résultats pour gonfler les taux de remontée. »
Après correction statistique : résultats stables ?
Pour le reste, J-M. Blanquer juge les résultats stables (acquis solides passés de 75 à 73 % en français et de 65 à 67 % en mathématiques) tout en les trouvant moyens au point d’appeler à la vigilance.
Il reconnaît « une difficulté beaucoup plus grande des exercices proposés cette année » ayant bien entraîné une « correction » mais assume le choix du durcissement des exercices pour « pouvoir mesurer l’excellence de certains élèves qui réussissent tous les tests ». Devant la suspicion à l’égard des ces changements et correctifs, il rappelle qu’il « s’agit d’une démarche scientifique ! ».
On aimerait avoir le nom d’un seul scientifique acceptant de cautionner ce protocole. Rappelons au contraire que tous les universitaires engagés sur cette question étaient à nos côtés pour signer notre appel !
Davantage d’exercices de mémoire.
Comme solution pédagogique, il ne fallait pas s’attendre à une remise en cause des programmes de 2008. Au contraire, J-M. Blanquer qui constate que « certains automatismes ne sont pas acquis en Cycle 2 » préconise encore « davantage d’exercices de mémoire ». Ça promet !
Pour bientôt : de vrais outils.
Restent d’autres points qui demanderont des précisions. Ainsi, devant le peu de moyens pédagogiques offerts en solution aux problèmes constatés, J-M. Blanquer l’ avoue : « nous sommes conscients des lacunes en la matière » et promet pour bientôt « de vrais outils susceptibles d’aider les enseignants »...
Ne vous réjouissez pas trop vite, c’est pour « appliquer au mieux les nouveaux programmes ». Tout est dans le « au mieux » car pour l’instant c’est surtout au pire !
Arguments.
Enfin, J-M. Blanquer reste sur la position qu’il exprimait en janvier dernier quand il affirmait qu’une « réflexion pourr[ait] s’engager à partir des critiques constructives » ou, à propos du calendrier, que « le ministère ne ferme pas la porte dès lors qu’il sera démontré qu’une autre formule est meilleure ».
Il va plus loin en précisant : « maintenant, nous cherchons la meilleure formule, et c’est une question d’arguments. Nous ne demandons qu’à être convaincus de la nécessité de changer la date de passation des évaluations ».
S’il s’agit vraiment d’une « question d’arguments », nous l’invitons à relire nos appels, interviews et communiqués où la place a largement été faite à d’autres propositions :
évaluations adaptées à la rentrée,
notation plus nuancée que 1 ou 0
et communication aux seuls parents.
Avec nos divers soutiens, nous restons à la disposition de ce ministère qui « cherche la meilleure formule » pour en parler, gratuitement, sans même toucher de prime !
Sylvain Grandserre.
A lire aussi :
L’évaluation de CM2 sur la sellette, dans l’expresso du 7 avril : "La Dgesco était visiblement embarrassée d’annoncer des résultats bruts en baisse de 11% en mathématiques et 3% en français. La DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) qui a été introduite dans le processus cette année, a pu « lisser scientifiquement » les résultats.


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