Carte scolaire 2010 dans le Puy de Dôme : fausses attributions, vraies fermetures.
Annonce inédite, cette année, de 1620 créations de postes dans l’Éducation Nationale. Serait-ce une prise de conscience salvatrice d’une réalité primaire : l’enseignement aurait finalement besoin du maintien d’un certain nombre d’enseignants ?
Pas complètement.
En effet, il y a un "petit oubli" dans ce solde positif. Selon les syndicats, la suppression des stages en responsabilité des professeurs stagiaires (PE2) correspond à la disparition de 3442 postes :
ils prenaient en charge une journée par semaine les classes des collègues directeurs d’écoles de quatre classes,
ils se trouvaient en responsabilité 3 semaines dans d’autres classes (deux stages en deuxième année d’IUFM), et faisaient alors fonction de remplaçants pour les maîtres titulaires qui pouvaient ainsi bénéficier de formation.
Cette charge de travail devra bien à présent être comptabilisée avec les postes de titulaires.
Donc, 3442 - 1620 = 1822 postes supprimés (voir carte prévisionnelle par département (1)).
Par ailleurs, les syndicats annoncent une augmentation de 5300 élèves dans l’élémentaire.
Il suffit de savoir traduire : 1620 ouvertures, cela signifie 1822 fermetures, pour +5300 élèves...
C’est donc bien à nouveau une pénurie de postes que les commissions paritaires ont eu à gérer.
Commissions décisionnaires.
Les décisions de carte scolaire sont du ressort des Comités Techniques Paritaires (CTP) associant membres de l’administration et délégués syndicaux et constitués pour 3 ans. Elles sont décidées lors des Commissions Administratives Paritaires Départementales (CAPD).
Ces instances ont donc le rôle depuis plusieurs années de gérer le moins mal possible les fermetures imposées par les lois de finances successives.
Dans le Puy de Dôme, la convocation de la CAPD devant décider des ouvertures et fermetures pour la rentrée 2010 a eu lieu tardivement, dans le but avoué de pas interférer avec les élections régionales... Les modalités de travail ont soulevé de nombreuses critiques de la part du SNUipp (syndicat majoritaire du primaire) : suppression de groupes de travail paritaire en amont, transmission de documents de travail à peine deux jours avant la CAPD etc.. (Source 2 : bulletin de la FSU 63 n°61 mars 2010, version papier).
Le compte-rendu de la CAPD du 24 mars 2010 est disponible sur le site du SNUipp (3), la liste des écoles qui étaient susceptibles de subir une fermeture ou une ouverture également. (4)
Donc, il fallait officiellement répartir au niveau du département 13 ouvertures. Mais aussi la suppression de 16 équivalents plein temps de direction à cause de la perte des stagiaires PE2. (Source : bulletin de la FSU 63 n°61 mars 2010, version papier).
Cela faisant en réalité 3 fermetures à trouver.
La Maternelle : jusqu’à 33 par classe, sans compter les 2 ans.
Gel et fermetures.
Rappelons que les effectifs des 2 ans ne sont plus du tout pris en compte. Ils ne sont même, plus indiqués par les syndicats.
Deux écoles maternelles, Daniel Fousson à Clermont (2 classes), et Anne Sylvestre à Cournon (3 classes) sont fermées pour cause de vétusté. Les postes correspondants sont ouverts dans les écoles voisines, sans que cela semble soulever de réelle polémique.
En maternelle, la tendance générale est à la fermeture (4 classes) ou au gel (3 classes), contre une seule ouverture prévue. Ces décisions de fermetures ou de gel créent des classes de 28 ou 29 élèves à Riom, Aulnat, Clermont Edgar Quinet.
Les écoles qui n’ont rien obtenu.
Il est également utile de relever les cas d’écoles qui n’ont pas obtenu d’ouverture, malgré des effectifs impressionnants :
ZEP, classes rurales
29 élèves par classe, c’est le gage d’un suivi de qualité, surtout en réseau ambition réussite :
Clermont-Fd C. Perrault (RAR) : 3 cl (88 é –29,33/cl)
... ou en classe à triple niveau :
Besse et St Anastaise : 1 cl (33 é – 33/cl)
Les autres ne seront pas beaucoup mieux lotis :
Randan : 3 cl (95 é – 31,67/cl) (Situation particulière car fermeture de l’école privée à 3 classes.)
Clermont-Fd V. Hugo : 4 cl (120 é – 30/cl)
La Roche Blanche J. Ferry : 3 cl (89 é – 29,66/cl)
Les Martres d’Artière : 3 cl (88 é – 29,33/cl)
Clermont-Fd P. Bert : 6 cl (175 é – 29,17/cl)
Cournon d’Auvergne L. Dhermain : 6 cl (175 é –29,17/cl)
Ceyrat Boisséjour : 2 cl (58 é – 29/cl)
Ce dernier cas est à souligner : 29 élèves en double niveau, ce sont vraiment des conditions d’accueil bénéfiques.
Elémentaire : points chauds.
On peut s’interroger également sur certaines décisions en élémentaire :
ZEP.
Etait-il si urgent de supprimer les dédoublements partiels de CP en ZEP : G Sand et le Moutier à Thiers, pour une économie dérisoire d’un poste, et alors même qu’il est prouvé qu’un CP à faible effectif est un puissant facteur de réussite pour les élèves de milieux défavorisés ?
Dans la même idée, les fermetures de postes à la Monnerie le Montel et à Emile Zola (Thiers ), tous deux classés "Réseau Réussite Scolaire" peuvent sembler bien peu soucieuses de justice sociale.
Classes multi-niveau.
Le cas de petites écoles rurales fait également réfléchir : passage de 3 à 2 classes à Giat, créant des classes à 3 niveaux et 22 élèves...
Passage de 2 classes à une seule classe de 28 ! à Thiers Bellevue : il s’agit de répartir les élèves de Thiers sur des écoles moins nombreuses, ce qui n’enchante guère les familles (*).
Et puis, maintien du statu quo dans les petites écoles : 25 élèves, triple niveaux.
St Priest-des-Champs : 2 cl (50 é – 25/cl)
Vollore-Ville : 2 cl (47 é – 23,5/cl)
Adaptation scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés.
Les RASED resteront en l’état, avec les 28 postes supprimés l’an passé.
En gros, les ouvertures et fermetures de postes se rééquilibrent. Perte cependant d’un poste G (rééducation) au bilan, et gain d’un poste E (aide pédagogique).
Perte d’un poste spécialisé pour les déficients visuels à Victor Duruy. Est-ce au profit du Centre de Rééducation pour Déficients Visuels, établissement aux buts louables, mais privé ?
La fermeture de deux CLIS : Classes d’Intégration Scolaire pour enfants handicapés, (*), et de SESSAD (Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile) (*) permettra-t-elle une intégration de qualité des enfants concernés dans des classes ordinaires ?
Remplacement.
Il faut rappeler que la disparition des stages PE2 affecte particulièrement les remplacements de titulaires pour la formation continue. Observons que cette perte n’est pas compensée, au contraire.
5 postes supplémentaires de titulaires remplaçants destinés à la formation continue sont supprimés.
5 postes de remplaçants pour congé maladie à vocation départementale sont créés.
C’est vrai que les parents ont tendance à protester quand un maître malade n’est pas remplacé. Par contre, quand le manque de remplaçants entraîne le refus de formations aux maîtres qui les demandent, cela ne crée pas de remous.
Création de 3 postes de remplaçants destinés à l’enseignement spécialisé, sur tout le département. Il n’est pas sûr que ce profil soit très attractif, il risque d’être finalement proposé à des enseignants débutants et non spécialisés.
Bilan final.
Nous l’avons vu, la rentrée 2010 nous annonce des classes maternelles très chargées, des retraits de moyens supplémentaires dans les Zones d’Education prioritaire, des restrictions sur l’éducation spécialisée et les remplacements.
Or que remarque-t-on lorsqu’on totalise le nombre ouvertures/fermetures opérées ? Le bilan final est de +2,25 postes. Ce qui ne s’est pourtant pas fait sans douleur.
En effet, les effectifs départementaux sont augmentés de 252 élèves, chiffre affiché sur la carte référencée plus haut, et ne comptabilisant pas les moins de 2 ans. (1)
Malgré tout, il reste encore 5,25 fermetures de postes supplémentaires à "trouver" d’ici la rentrée 2010, ce qui nous fait craindre quelques mauvaises surprises de dernière minute.


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