Egalité des chances : le plus égal des deux...
L’égalité des chances est actuellement présentée comme l’axe majeur de la justice sociale.
A force d’être reprise et répétée, cette idée devient une évidence, et l’école est sommée de devenir un modèle de méritocratie.
Il est cependant utile de réfléchir à cette question : prôner ainsi l’égalité des chances, est-ce réellement défendre une meilleure égalité sociale ?
Si la priorité est de proposer des ouvertures permettant à quelques enfants des quartiers défavorisés d’accéder aux grandes écoles, cela ne nous dispense-t-il pas d’offrir à TOUS la meilleure école possible ?
Voici les grandes lignes de synthèse d’un article de François Dubet. Les gourmands se reporteront au texte original publié ici.
Puisque "tout le monde" peut devenir aussi riche que Picsou...
L’égalité des chances, c’est offrir à chacun toutes les chances d’accéder à toutes les positions sociales en fonction d’un principe méritocratique.
Les inégalités ne sont plus injustes, elles ne sont alors que les obstacles à franchir pour parvenir aux meilleurs statuts.
Il suffit que toutes les places soient offertes à tous... Il suffit de veiller à ce que la compétition soit équitable entre les individus.
Ce modèle induit une structuration de la société et un mode de revendication spécifique : les individus se retrouveront par groupe identitaire (ethnie, origine d’immigration, sexe) dans le but de limiter les discriminations à leur encontre.
La priorité dans un tel fonctionnement n’est pas l’augmentation des bas salaires ou de l’amélioration des conditions de vie dans les quartiers populaires. Il s’agit d’aider les plus méritants des élèves défavorisés afin qu’ils aient l’opportunité de rejoindre l’élite scolaire et sociale.
Ce n’est pas exactement la même chose de choisir d’améliorer la qualité de l’offre scolaire dans les quartiers défavorisés.
Des héros de propagande.
A l’inverse, la recherche d’une meilleure égalité sociale, bien que toute relative, invite à resserrer la structure sociale. Elle accroît la confiance et la cohésion sociale dans la mesure où les acteurs ne s’engagent pas dans une compétition continue.
Cet idéal d’égalité invite à souligner ce que nous avons en commun plus que ce qui nous distingue et, en ce sens, elle renforce la solidarité.
Elle met en avant la qualité de la vie sociale et l’autonomie personnelle puisque l’individu est d’autant plus libre d’agir qu’il n’est pas menacé par de trop grandes inégalités sociales".
De plus, cette "égalité des places" est sans doute la meilleure des manières de réaliser l’égalité des chances. Il semble évident que la possibilité de circuler dans la structure sociale, d’en franchir les échelons, soit pour les monter, soit pour les descendre en fonction de son mérite et de sa valeur, est d’autant plus grande que la distance entre ces échelons est resserrée : ceux qui montent n’ont ainsi pas trop d’obstacles à franchir et que ceux qui descendent ne risquent pas de tout perdre.
Contrairement à une légende, il y a plus de mobilité sociale en France qu’aux Etats-Unis, où les distances entre les diverses positions sociales sont plus grandes.
En effet, les inégalités sociales peuvent être si larges que les individus peuvent ne jamais les franchir, à l’exception de quelques héros dont on ne demande s’ils ne sont des héros de propagande : l’arbre de la fluidité qui cache la forêt de l’immobilisme.
Des sociétés plus vivables...
En fin de compte, la réduction des inégalités entre les catégories sociales, entre les dirigeants et les travailleurs, entre les qualifiés et les moins qualifiés, entre les quartiers riches et les moins riches, reste la meilleure manière de rendre les sociétés plus vivables et, à terme, de promouvoir indirectement l’égalité des chances.
Cette dernière se déploie dès lors que nous sommes relativement égaux et, en ce sens, les « vieux projets » du mouvement ouvrier et de la social-démocratie n’ont rien perdu de leur vigueur.

