ZEP : le grand bal des données disparues.

mercredi 3 mars 2010
par  Moka63
popularité : 10%

Les informations publiées par le Ministère de l’Éducation Nationale sur l’école sont si nombreuses et détaillées qu’elles semblent permettre une connaissance approfondie du fonctionnement de cette vénérable institution.

On peut notamment télécharger et consulter chaque année la brochure "l’état de l’École" : près de 80 pages, dont 35 de graphiques et de tableaux. Ces données seront utilement complétées par d’autres publications telles que "L’école en chiffres" plus modeste avec ses 16 pages, ou diverses notes d’information éditées régulièrement sur différents thèmes concernant les écoles, collèges et lycées de notre pays.

Impressionné par tant de transparence, nous avons donc enregistré la version 2009 de "L’état de l’école," et en avons fait notre livre de chevet... La lecture d’un tel document incitant au grappillage, nous nous sommes donc laissé guider par l’actualité et avons gaillardement attaqué cette mine d’informations par les consacrées à l’Éducation Prioritaire...


L’ÉTAT DE ÉDUCATION PRIORITAIRE EN 2009.

Abréviations :

Nous n’avons pas voulu commencer cet article par l’historique complet des zones d’éducation prioritaire depuis leur création en 1982. On peut cependant trouver celui-ci dans les annexes en fin d’article. Voici cependant un bref rappel des dates clés et abréviations.
- ZEP : Zones d’Éducation Prioritaire (au nombre de 362 en 1982, leur nombre progresse pour atteindre 876 en 97).
- REP : Réseaux d’Éducation Prioritaire (crées en 1997, établissements moins défavorisés, disposant d’aides moins importantes que les ZEP).
- RAR : Réseaux Ambition Réussite (créés à la place des ZEP en 2006). On est alors passé de 876 Zones d’Éducation Prioritaire à 249 Réseaux Ambition Réussite, une réduction de près de 2/3 supposée réduire le "saupoudrage des moyens."
- Collège AR : Collège Ambition Réussite (Collège autour duquel est organisé un RAR, avec les écoles concernées du secteur).
- RRS : Réseaux de Réussite Scolaire (réseaux d’établissements moins défavorisés, disposant d’aides moins importantes que les établissements des RAR).
- EP : Éducation Prioritaire (ZEP + REP avant 2006, RAR + RRS après 2006).

PERFORMANCE.

Résultats au brevet des collèges selon le type d’établissement en 2008. (Doc 2009, pages 22 et 23.) :

N.B. : il est conseillé d’ouvrir les documents dans une nouvelle fenêtre (clic droit de la souris sur PC) afin de les consulter plus confortablement en parallèle avec la lecture de la suite de l’article.

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Observations :
- L’écart entre les élèves issus des collèges classés Ambition Réussite et les autres est sensible.
- Leur courbe de réussite au Brevet des collèges est nettement décalée par rapport à celle des établissements publics hors Éducation Prioritaire (hors AR + RRS).

Remarques :
- La page 22 du document précise que la différence entre le taux de réussite à cette épreuve en fin de collège Ambition Réussite et ailleurs est de 27%.
- Cette différence s’amenuise grâce au contrôle continu qui rattrape un peu ces enfants (différence de 15,4%).
- Le texte laisse cependant planer le soupçon d’une trop grande indulgence des enseignants des collèges Ambition Réussite relevant indûment les résultats de leurs élèves en cours d’année.

Maîtrise des compétences de base à la fin du CM2.

hors EPARdifférence
% d’élèves maîtrisant les compétences de base en français. 89,8% 76,6% 13,2%
% d’élèves maîtrisant les compétences de base en math. 92,1% 81,1% 11,1%

Maîtrise des compétences de base à la fin de la 3ème.

hors EPARdifférence
% d’élèves maîtrisant les compétences de base en français. 81,6% 50,6% 31%
% d’élèves maîtrisant les compétences de base en math. 89,6% 66% 23,6%

Observations :
- La différence d’acquis dans les établissements de Réseaux Ambition Réussite et les établissement hors Éducation Prioritaire est plus nette encore en français qu’en maths.
- Elle s’aggrave nettement entre la fin du CM2 et la 3ème.

Conclusion :

Cette double approche des performances des élèves tendrait à permettre des conclusions tranchées : le dispositif Éducation Prioritaire semble échouer dans sa mission de réduction de l’échec scolaire et d’amélioration de l’égalité des chances.

75% D’ENFANTS D’OUVRIERS ET D’INACTIFS.

La brochure 2009 accompagne cette constatation de quelques informations complémentaires :

hors EPRAR
Enfants d’ouvriers et d’inactifs 35,2% 75%
Enfants de cadres et d’enseignants 38,3% 8,1%
Ayant redoublé avant la 6ème 14,1% 29,8%

Observations :
- Les enfants de milieux défavorisés sont deux fois plus nombreux dans les collèges des Réseaux Ambition Réussite que dans les collèges hors Éducation Prioritaire.
- Ils constituent dans ces établissements une très forte majorité d’élèves : 75% !
- Le nombre d’élèves ayant redoublé avant l’arrivée avant la 6ème est presque deux fois plus élevé en RAR qu’ailleurs.
- On y trouve remarquablement peu d’enfants d’enseignants et de cadres.

Comment ces paramètres ont-ils évolué dans le temps ?

Saisi d’une fièvre enthousiaste nous téléchargeons donc avec fébrilité toutes les versions disponibles de "L’état de l’école". Nous voici donc armé pour une quête pleine de délices et de surprises...

La première observation qui nous frappe en remontant les années, c’est que le choix des paramètres présentés évolue de façon très sensible d’une brochure à l’autre.


LE GRAND BAL DES DONNÉES DISPARUES.

Nous l’avons vu, les pages "éducation prioritaire" 2009 sont presque uniquement centrées sur les résultats des élèves. Les choses n’ont pas toujours été présentées de cette façon.

Si on se reporte à la plus ancienne version disponible, datant de 2000, on trouve une toute autre vision de la réalité des ZEP.

En effet, les données relevées il y a dix ans offraient des informations précises sur les élèves concernés par l’Éducation Prioritaire, les enseignants qui y exerçaient, les efforts consentis par l’état en termes d’effectifs de classe etc..

Ces paramètres disparaissent l’un après l’autre au fil des brochures. Cet appauvrissement sensible des informations accessibles à tous peut sembler singulier. Il oriente en tout cas fortement le regard porté sur les établissements des quartiers populaires, et réduit les possibilités d’une analyse fine de leur fonctionnement...

Reprenons cependant l’évolution des différents chiffres, avant leur évaporation...


LES ÉLÈVES : UNE HOMOGÉNÉITÉ CROISSANTE...

Seul paramètre présent sur tous les fascicules, le taux d’élèves issus de milieux défavorisés en ZEP ou RAR d’une part, et hors Éducation Prioritaire d’autre part, permet la construction d’une courbe d’évolution sur plus de 10 ans.

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Observations préliminaires :
- Les valeurs jusqu’en 2005 sont estimées à partir des graphiques. Elles gardent une marge d’imprécision.
- L’indication (métropole + dom) n’est pas indiquée explicitement toutes les années.
- A partir de 2005, les "Réseaux Ambition Réussite" remplacent les "Zones d’Éducation Prioritaire". Rappelons que lors de ce processus de "redynamisation," seulement 1/3 des établissements ZEP sont classés Ambition Réussite.
- Les données relevées ne sont pas constantes d’année en année : s’intéresser aux établissements hors ZEP ou hors EP (hors ZEP + REP) ne revient pas au même.

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Observations :
- La proportion d’enfants d’ouvriers et d’inactifs en ZEP ou RAR a fortement progressé depuis 1996.
- Entre 1997 et 2005 les établissements ZEP sont à peu près les mêmes. L’augmentation de la proportion d’enfants d’ouvriers dans ces écoles et collèges est principalement due au départ d’élèves des catégories plus favorisées vers d’autres établissements.
- Par contre, la mise en place des RAR à la place des ZEP en 2006 bouleverse la carte de l’Education Prioritaire. Rappelons en effet que le "label RAR" n’a été attribué qu’aux établissements presnetant un taux particulièrement élevé d’enfants d’ouvriers, d’élèves ne parlant pas français ou ayant redoublé avant la 6ème. (*)

Remarques :
- A l’origine, la concentration d’élèves de catégories défavorisées dans les Zones d’Education Prioritaire est liée à la baisse de l’hétérogénéité sociale dans certains quartiers. Le dispositif de discrimination positive devait justement permette de compenser ces disparités.
- Depuis la création de cette étiquette ZEP la baisse d’hétérogénéité s’est aggravée dans ces établissements. Les familles des classes moyennes ont quitté ces quartiers, et celles qui restaient ont inscrit leurs enfants ailleurs.
- L’appellation RAR met en évidence des collèges présentant une situation encore plus contrastée que l’étiquette ZEP

Cette forte différence de recrutement d’élèves s’accompagne-t-elle d’un fort investissement permettant effectivement une "discrimination positive ?"

Les anciennes brochures permettent de répondre partiellement à cette question.


LES ENSEIGNANTS EN ÉDUCATION PRIORITAIRE.

DÉBUTANTS.

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Observations :
- La proportion de jeunes enseignants est significativement plus élevée en EP qu’ailleurs : 21% dans écoles, 26% en collèges en 2004.
- Elle atteint presque 30% de professeurs débutants dans les collèges AR en 2005.
- Elle est nettement plus faible ailleurs : avec 7,5% de débutants en moins dans les écoles hors EP, 12% en moins dans les collèges hors EP.

Remarques :
- L’étude séparée de la proportion de jeunes enseignants dans les établissements ZEP n’est effectuée que ponctuellement.
- La prise en compte de la proportion de jeunes enseignants en Éducation Prioritaire est abandonnée pour les écoles à partir de 2004, elle disparaît pour les collèges à partir de 2006, année de la création des Réseaux Ambition Réussite.
- La forte proportion de jeunes enseignants en Éducation Prioritaire semble indiquer que les primes ZEP/RAR, (**) ne suffisent pas à favoriser le recrutement des professeurs chevronnés sur ces zones. (Il est à noter que ces primes n’existent pas en REP ou RRS).
- Il est important souligner que cette jeunesse relative des enseignants en EP réduit sensiblement l’effort financier effectivement consenti en faveur du dispositif de "discrimination positive". En effet, leurs salaires sont moins élevés que ceux de leurs collègues plus âgés, et cette différence tempère le coût des primes et bonifications accordées.

ROTATION.

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Observations :
- Le taux de rotation moyen des enseignants est relativement plus important en Éducation Prioritaire (ZEP + REP) : près de 40% dans les écoles, 35% dans les collèges en 2004.
- Son évolution suit à peu près l’évolution hors EP. On observe une progression générale est à peu près continue dans les écoles, on note en revanche une diminution globale de toutes les courbes, mais plus fluctuante dans les collèges.
- La différence avec les établissements hors EP tend à se réduire légèrement dans les écoles. Elle reste plus forte dans les collèges : différentiel de 6% en 2005.
- Dans le cas des établissements classés ZEP, ce taux de rotation semblait amorcer une nette réduction en 1999 et 2000 dans les écoles. Ce n’est pas le cas dans les collèges ZEP.

Remarques :
- Le taux de renouvellement des personnels est un bon indicateur de la pénibilité du travail.
- Il révèle un environnement plus difficile, cette différence est sensible notamment dans les collèges ZEP.
- Depuis de la création de Réseaux Ambition Réussite en 2005, nous ne sommes plus informé de l’évolution de cette réalité.


MOYENS MIS EN OEUVRE.

LES ÉCOLES EN... 1999.

Les seules données décrivant les moyens supplémentaires attribués aux écoles en Éducation Prioritaire dans la brochure "l’état de l’École" ont 10 ans. Elles ont été publiées dans le numéro de 2000.

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Observations :
- En 1999, les écoles ZEP bénéficiaient à peine d’un enseignant de plus pour 100 élèves.
- Cela permet de réduire les effectifs des classes en maternelle ZEP (presque -3 élèves).
- En revanche, les effectifs correspondants en élémentaire ZEP ne sont allégés que d’un élève par classe.

Remarques :
- Cette différence peut paraître bien modeste si on se rapporte aux conclusions de l’étude de Th. Piketty : L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français. On y relève en effet, page 95, qu’une diminution de 5 élèves dans les effectifs des classes de primaire, permettrait une réduction de 46% de l’inégalité de réussite scolaire entre établissements ZEP et hors ZEP...

Les effectifs des classes ont-ils été réduits plus significativement lors de la création des Réseaux Ambition Réussite ?

Cette indication est absente de nos brochures de référence.

LES COLLÈGES (JUSQU’EN 2005).

Plusieurs paramètres concernant les collèges sont suivis de 1999 à 2005, permettant une analyse de leur évolution sur cette période.

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Observations :
- Le nombre d’heures attribué par élève en EP est plus élevé qu’ailleurs,
- L’écart est à peu près constant, mais reste relativement peu sensible : il n’est que de +12% en 2004 entre les tout nouveaux collèges AR et les collèges hors RAR (hors AR + RRS).

Remarque :
- Le resserrement du nombre de collèges ciblés ne semble pas s’accompagner d’une augmentation massive du temps d’enseignant offert.

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Observation :
- L’écart d’effectif entre les classes en collèges d’Éducation Prioritaire et les autres a légèrement progressé pour atteindre presque -3 élèves en 2005.

Remarques :
- On n’observe pas de baisse significative des effectifs de classes suite à la création des Réseaux Ambition Réussite en 2005.
- Les versions suivantes du document ne permettent pas de savoir ce qu’il en est depuis cette date.


CONCLUSIONS :

Des documents très complets ont été publiés sur l’Éducation Prioritaire, et nous n’avons pas ici la prétention d’en égaler la portée. Nos conclusions seront plus modestes.

Le choix des informations données ou passées sous silence la brochure : "l’état de l’École" indique un changement décisif du regard porté sur l’Éducation Prioritaire.

Depuis 2000, les données concernant les efforts de l’État en faveur de l’Éducation Prioritaire ont disparu une à une : plus de tableaux présentant les différences d’effectifs des classes ou le nombre d’heures attribuées en Éducation Prioritaire ; plus de graphiques concernant les enseignants, la structure des équipes, le coût réel des salaires, la pénibilité du travail.

A partir de 2007, les données publiées s’attachent presque uniquement à mettre en valeur les différences de performance entre les établissements d’Éducation Prioritaire et les autres.
Cette forte mise en évidence des (sous)-performances des établissements d’Éducation Prioritaire met en valeur une obligation de résultat qui peut sembler louable. Elle s’accompagne cependant de la disparition de toute transparence sur l’obligation de moyens qui devrait accompagner cette exigence d’efficacité.

A part ce déficit de réussite, qu’apprend-on de plus sur écoles des Réseaux Ambition Réussite dans les dernières versions de "l’état de l’École" ?
- Rien,
- sauf qu’elles produisent un fort taux d’élèves en retard.

Qu’y apprend-on sur les collèges Ambition Réussite ?
- Pas grand chose,
- à part qu’ils accueillent plus de 75% d’enfants d’ouvriers et d’inactifs,
- et que les enfants des cadres et enseignants y sont en faible proportion.

Une lecture un peu hâtive pourrait conduire à des conclusions simplistes :
- « Il faudrait peut-être au moins qu’on arrête de faire redoubler ces pauvres élèves des collèges Ambition Réussite : ça coûte cher (un an de scolarité supplémentaire à financer), et les performances finales ne semblent pas démontrer une efficacité réelle de ce retard imposé... »

  • N.B. : Cette mesure est en cours d’application : elle constitue deux des six objectifs assignés à l’école dans la loi de finance 2010. Cette injonction produit ses effets : le taux d’élèves ayant redoublé est passé de 34,3% à 29,8% entre 2007 et 2009, ce qui ne garantit nullement une meilleure prise en charge des élèves concernés.

- Puisque les enfants de cadres et de profs ne vont pas dans ces établissements : il est donc urgent de permettre à tous ceux qui le désirent de les fuir également. C’est plus facile que de reconstruire la confiance des familles vis-à-vis de ces écoles et collèges.

  • N.B. : là aussi, le processus est en cours, avec l’assouplissement de la carte scolaire et les décrets favorisant l’enseignement privé, dont les effets seront évoqués plus loin.

Or, Choukri Ben Ayad, de l’INRP s’appuyant sur les performances des collèges ZEP propose une toute autre base de réflexion.

En effet, cet auteur s’est intéressé aux établissements ZEP qui permettaient en 2001/2002 une sur-réussite ou au contraire une sous-réussite de leurs élèves par rapport à ce que leur environnement laissait espérer.

Les départements en sur-réussite présentent une densité urbaine et scolaire moyenne à faible : Cantal, Mayenne, Côte d’Or, Meuse, Lot et Garonne, Vendée, Landes, Pyrénées Atlantiques, Loire, Haute-Loire...

Les départements en sous-réussite présentent au contraire une forte densité : Oise, Val d’Oise, Seine-St-Denis, Essonne, Seine et Marne, Yvelines, Alpes maritimes (Nice), Hauts de Seine...

M. Ben Ayad le souligne : la différence de résultats ne s’explique pas de façon simple par « une différence de concentration de populations défavorisées ou favorisées socialement », mais plutôt par la « fréquence de situations de ségrégations urbaines et scolaires » qui induisent « des phénomènes de concurrence et d’évitements forts. »

Selon l’auteur :
- « La proximité de "territoires attractifs" entraîne la fuite des élèves et la stigmatisation et alimente le cercle vicieux de la disqualification. »
- « La course aux bons élèves, aux bons établissements provoque une perturbation d’ensemble qui explique la sous-réussite des établissements. »

A l’inverse, les établissements présentant une sur-réussite par rapport aux résultat attendus sont ceux qui échappent à ce processus et se trouvent sur des territoires ayant pu préserver une continuité satisfaisante.

Le chercheur conclut que ce processus de disqualification nuit à tous : « plus la dispersion des scores entre les établissements est forte sur un territoire donné, plus le score moyen tend à être faible ».

Or les observations effectuées sur l’évolution de la brochure "L’état de l’école" sont révélatrices d’options politiques plus larges :

Les économies actuelles conduisent à une offre scolaire diminuée, ce qui affectera en premier lieu les élèves fragiles :
- baisse du taux de scolarisation en maternelle ;
- suppression des RASED ;
- réduction de l’horaire hebdomadaire scolaire ;
- alourdissement de la journée en élémentaire ;
- raccourcissement d’un an des cursus en Lycées Professionnels.
- réduction du taux d’encadrement (assistants d’éducation, CPE), noeud du conflit récent en Seine St Denis ;
- suppression transitoire de la formation professionnelle initiale des maîtres.

Dans le même temps, d’autres dispositions favorisent la concurrence scolaire :
- la suppression progressive de la carte scolaire ;
- les mesures favorisant le développement des établissements privés ;
- la création, à l’intérieur des établissements Ambition Réussite, de pôles d’excellence, institutionnalisant une ségrégation entre les classes à l’intérieur de ces établissements.

L’ensemble de ces décisions favorise une ségrégation des élèves qui nuit à l’ensemble de la population, favorise le développement de territoires disqualifiés et abandonne le projet d’une école de réussite pour tous.

Dernière conclusion possible, plus insidieuse :

Puisque les efforts consentis (bien que, nous l’avons vu, relativement modestes) n’atteignent pas les buts prescrits, il s’agit donc d’argent dilapidé, ce qui remet en cause l’existence même du système.

.


Annexes :

Les dates à retenir pour « l’Éducation prioritaire. »

La politique d’éducation prioritaire : bilans et perspectives,
Valérie Pugin.
(extrait de la p.4).

1981 : Une première circulaire sur les zones prioritaires, d’Alain Savary, adressée
aux recteurs, aux inspecteurs d’Académie en juillet, demande de mener une
concertation s’appuyant sur les indicateurs disponibles pour délimiter des zones
géographiques - rurales ou urbaines - où des actions éducatives spécifiques se
révèleraient urgentes et nécessaires. 363 ZEP se mettent en place en septembre
1981, la circulaire est difficilement applicable à cause des délais très courts. C’est la
circulaire du 28 décembre 1981 qui lance réellement la politique de l’éducation
prioritaire. Au début, elles ont été créées pour une durée de 4 ans.

1990 : Une première "relance" de la politique des zones prioritaires insiste sur la
mise en relation des ZEP avec la toute nouvelle politique de la ville. 557 zones sont
alors recensées. La circulaire du 26 janvier 1994 insiste sur les effets positifs des
ZEP, sur la réussite de tous les élèves, avec un accent mis sur les apprentissages
fondamentaux.

1997 : Avec la publication du rapport Moisan-Simon, une deuxième « relance » insiste sur les objectifs pédagogiques et le pilotage. Il existe alors 563 zones.
700 000 élèves d’écoles primaires (soit 11% de la population totale du Premier
degré), 400 000 élèves de collèges (soit 15% de la population totale du Second
degré), très peu de lycées.

1999 : 869 Réseaux d’Éducation Prioritaire (REP) sont créés à partir des cartes de
zones. Il s’agit de mettre « en commun les ressources afin d’éviter le cloisonnement
ou l’isolement de certaines ZEP ». Il s’agit de créer des pôles de ressources et
d’échanges en relevant des exemples de pratiques pédagogiques réussies et en les
proposant aux différents membres du réseau. Un REP permet « d’associer à des
établissements ZEP d’autres écoles, collèges appartenant au même bassin de
formation, scolaire ou même zone rurale. [...] Il peut constituer l’échelon pertinent de
certains partenariats particulièrement en matière de politique de la ville ». Le projet
du réseau est formalisé en un contrat de réussite dont les dix orientations prioritaires
sont clairement précisées. Sont ensuite créés les pôles d’excellence.

2006 : La carte de l’éducation prioritaire est affinée : on distingue trois niveaux, EP1,
EP2, EP3 (Établissement Public de niveau 1, 2, 3). La liste de ces collèges est
établie sur des critères objectifs (difficultés sociales et difficultés scolaires). Les EP1
bénéficient de moyens supplémentaires significatifs et accrus. Le niveau EP1
correspond à 249 réseaux « Ambition Réussite » constitués d’un collège et des
écoles de son secteur. Les EP 2 caractérisé par une plus grande mixité restent au
sein de l’éducation prioritaire et continuent de recevoir les mêmes aides
qu’auparavant. Les EP 3 sont appelés à sortir progressivement de l’éducation
prioritaire si les conditions d’amélioration des résultats scolaires et les conditions
liées à l’environnement sont satisfaites.

Informations supplémentaires :

- Réformes en cours : contexte et conséquences. Quelle école pour demain ?

- "Pour une vraie égalité des chances commençons par offrir à tous les élèves des conditions de scolarisation dignes et acceptables". Choukri ben Ayed, Café pédagogique.

- Tableaux de bord de l’Éducation prioritaire : Exemple de l’Académie de Rouen

- Relevé bibliographique concernant les EP, proposé par l’Académie Orléans-Tours.

- Relevé bibliographique concernant les assistants pédagogiques en EP : CNDP.

- Publications de l’Observatoire des Zones prioritaires OZP.

- Enseigner en collèges et lycées en 2008.


Commentaires  (fermé)

Logo de Tony A
lundi 28 juin 2010 à 08h14 - par  Tony A

Excellent travail, qui montre encore une fois que la statistique participe à la formation des croyances collectives.
Argumentation convaincante sur la manière dont les chiffres sont produits pour justifier des choix politiques et idéologiques.

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