Contrats d’objectifs : pour améliorer l’école ?

lundi 8 février 2010
par moka
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La nouvelle astuce inventée par notre gouvernement actuel pour faire croire que tout de même, il cherche à améliorer l’efficacité de l’école, c’est le contrat d’objectifs.

Celui-ci était déjà testé dans les collèges et lycées. Il arrive, enrubanné de beaux discours, dans le premier degré.

Les Nouvelles Évaluations Nationales vont donc enfin prendre toute leur valeur : elles serviront de base pour établir ces contrats d’objectifs en primaire.

Vous avez aimé les progrès réels que ce pilotage par le chiffre a permis dans le fonctionnement de la Police Nationale, notamment ses effets sur le taux de garde à vue ?

Vous adorerez les conséquences que les contrats d’objectifs auront bientôt sur l’école.

L’article ci-dessous reprend largement une dépêche AEF : Rectorat de Toulouse : signature du premier contrat d’objectifs dans le premier degré.

La version intégrale peut être consultée ici.

Les citations de ce texte de référence se trouveront ci-dessous en italique.

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Rectorat de Toulouse :

signature du premier contrat d’objectifs dans le premier degré.

Améliorer la performance.

Le premier contrat d’objectifs dans le premier degré a été signé jeudi 4 février 2010 par le rectorat de Toulouse, avec la circonscription de Gourdon (Lot) : il vise à « améliorer la performance » des élèves et des pratiques professionnelles des enseignants.

  • Améliorer des pratiques professionnelles des enseignants est louable. Le faire en réduisant massivement leur nombre et en bafouant leur formation, peut laisser perplexe.
  • Se soucier de la réussite de tous est également honorable, mais le terme "performance", appliqué à des élèves, donne un éclairage particulier à l’ambition éducative.

Le diagnostic est établi à partir des évaluations nationales de CE1/CM2, permettant ainsi de définir les priorités en termes de progrès.

Établi pour trois ans, le contrat d’objectifs est piloté par des indicateurs chiffrés, dont le degré d’atteinte est mesuré chaque année dans un rapport annuel de performance de la circonscription.

  • Donc, puisque nous disposons à présent d’indicateurs chiffrés, les contextes et personnes pourront enfin prendre la forme d’une belle équation, ce qui simplifie grandement la réflexion et nous évite d’aller nous égarer dans des analyses trop détaillées. Nos inspecteurs apprécieront cette simplification considérable de leur travail.
  • Parmi ces indicateurs, les résultats des Nouvelles Évaluations Nationales figurent en bonne place. Voilà qui est enfin clair et rassurant : vous aviez le quota N d’élèves atteignant tel score en math et français, il vous sera tout simplement demandé d’atteindre le quota N+1 l’année suivante.

La région Midi Pyrénées en tête !

La région Midi-Pyrénées est en pointe du progrès en termes de contrats d’objectifs :

L’Académie a mis en place des contrats d’objectifs avec l’ensemble des établissements du second degré depuis 2006 et devrait généraliser cette démarche pour le premier degré dans les huit inspections académiques de la région.

Olivier Dugrip, Recteur de Toulouse, se montre vraiment séduit par cette assaut de modernité :

« Cette contractualisation permet de décliner, dans le premier degré, au niveau territorial, les objectifs nationaux qui sont fixés par les projets annuels de performance et par le projet académique qui est en cours de finalisation ».

  • Une vraie maîtrise, enfin, des paramètres : objectifs nationaux, puis académiques et enfin territoriaux... Une diffusion sans aléa, de la tête de l’état à chaque établissement. Le rêve de tout gouvernant voulant faire l’économie du débat et de la concertation...

M. Lacombe, Inspecteur d’Académie du Lot, ne cache pas son enthousiasme :

« Le contrat d’objectifs est la capacité collective à repérer les points faibles et arrêter les cibles que l’on veut atteindre trois ans plus tard. Les enseignants ne sont pas opposés à la performance quand on leur explique qu’elle est la réalisation de l’attendu. »

  • Rappelons que l’attendu en question ne porte que sur des performances de math et de français. Et que celles-ci sont obtenues dans des conditions hautement contestées...
  • Rappelons également que les attendus demandés aux enseignants sont depuis toujours détaillés dans les programmes scolaires. Sauf qu’il s’agit là de qualitatif et non de quantitatif.
  • Cependant, il faut le dire, établir un projet d’établissement où l’on se contente de viser une amélioration N+1 des performances est bien plus vite écrit qu’une approche qualitative des choses...
  • Pour ce qui est de l’adhésion des personnels à cette nouvelle "philosophie", soyons rassurés. Il suffira d’expliquer correctement aux enseignants ce qu’est réellement une performance pour convaincre les plus obtus. Quand les gens ne sont pas d’accord avec une orientation, c’est qu’ils auront mal compris. Tout cela n’est finalement qu’affaire de pédagogie... et d’obéissance, une grande vertu des fonctionnaires.

Aucun moyen supplémentaire.

« Il faut que la notion de performance se différencie du simple projet de circonscription. » précise M. Lacombe. Par exemple, le contrat d’objectifs de la circonscription de Gourdon est l’aboutissement de réunions entre IEN, puis avec les directeurs d’école... »

  • Le projet de circonscription ne nécessitait peut-être pas tant de réunions, notamment avec les directeurs. On peut observer que le terme "consultation" est prudemment laissé de côté.

Aucun moyen supplémentaire n’est dégagé par le rectorat ou l’Inspection Académique pour mettre en oeuvre les contrats d’objectifs...

  • Ainsi, chers collègues, si le niveau de vos élèves est fortement affecté par leur environnement, si l’assouplissement de la carte scolaire favorise un peu trop le départ des familles soucieuses des performances de leur chéri dans ce monde de concurrence, réjouissez-vous de cette évolution ! Les écoles de votre secteur par trop populaire cessent enfin de peser inconsidérément sur la budget de la Nation. Dans ce nouveau cadre clairement défini, évitez néanmoins les pertes d’énergie inutiles. Pour atteindre l’objectif chiffré prédéterminé qui vous sera attribué, il existe des moyens efficaces qui vous permettront d’améliorer les résultats de votre classe aux fameuses Nouvelles Évaluations Nationales.

... Mais une « redéfinition totale des missions des conseillers pédagogiques » a été engagée par l’équipe de circonscription.

  • Traduction : la tâche principale des conseillers pédagogiques sera désormais de vous accompagner dans votre quête éperdue de performance.

« Il faut optimiser le temps d’accompagnement des équipes et notamment des directeurs d’école et leur dégager du temps de formation afin qu’ils intègrent cette nouvelle logique », souligne l’IA du Lot.

  • Traduction : il reste très peu d’argent pour la formation continue. Le reliquat sera résolument dédié aux applications des nouvelles directives.

Les trois axes du contrat d’objectifs.

Axe 1 : Diminuer le taux de redoublement et améliorer les taux de passage.

  • C’est vrai qu’on ne saurait se contenter des seuls résultats des Nouvelles Évaluations Nationales. Ce second critère chiffré nous offre une délicieuse sensation de liberté. Nous pouvons en effet choisir en toute lucidité entre : "diminuer le taux de redoublement" et "améliorer les taux de passage" (!)

M. Lacombe nous fait l’honneur d’entrer dans les détails :

« La circonscription a mis en place un outil qui permet de visualiser l’ensemble des résultats du territoire. Les informations sont partagées entre la circonscription et les écoles, et entre les écoles et les regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) qui sont très nombreux sur le territoire. »

  • L’Inspecteur d’Académie oublie de le préciser, mais nous n’en doutons pas un instant : le rapport annuel de performance établi pour chaque circonscription sera, c’est promis, gardé dans une chambre forte dont l’inviolabilité sera vérifiée avec soin. Aucune chance, jamais, que ces données ne soient publiées, et n’aillent permettre aux parents de choisir de façon plus sûre l’école où ne pas inscrire leur enfant.

La circonscription fait dorénavant un croisement systématique entre le maintien, le programme personnalisé de réussite éducative (PPRE), les résultats aux évaluations nationales et les Rased. L’un des indicateurs vise à fixer le taux de retard à la fin du CM2 en-dessous du seuil de 3 % d’ici à trois ans. Il est actuellement « entre 6 et 7 % ».

  • Ça c’est bien, ça fait sérieux de ne pas se fier aux seuls résultats des Nouvelles Évaluations Nationales et au taux de redoublement. Il y a d’autres paramètres qui peuvent facilement être intégrés à notre belle équation. Par exemple, donc, le nombre de PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative) que les enseignants auront rédigé et mis en place à destination des élèves en difficulté... Pour l’accès aux RASED, il faudra se montrer prudent : ce n’est pas forcément du fait des enseignants s’il ne peut avoir lieu.

« Pour déterminer l’origine de ces retards, il faut discerner les facteurs endogènes, ceux qui dépendent de la responsabilité des professeurs d’école, et les facteurs exogènes liés à des secteurs ruraux très isolés ou à des zones en difficulté sociale. »

  • Eh oui, ce sont les enseignants les premiers fautifs possibles du redoublement de leurs élèves. Il est si facile de préconiser le passage à la classe supérieure quelque soit l’élève concerné ! Mais nous ne défendons pas ici le redoublement comme une panacée garantissant la réussite de tout élève en dérive. Il existe cependant des cas où une année supplémentaire permet à l’élève de reprendre pied. Bon, il faut financer pour l’élève concerné une année supplémentaire d’activité scolaire. Et ça, ça se compte également facilement.
  • Voyons, résumons-nous : si le petit Paul s’obstine à être en grande difficulté, on peut tenter pour lui quelque dispositif de remédiation. Le faire une heure par semaine en petit groupe est tout de même moins complexe que d’intégrer les difficultés d’apprentissage de cet élève déviant dans le fonctionnement de la classe. L’enseignant habitué à la différenciation la pratiquera par habitude, mais il devra savoir que ces efforts ne seront pas vraiment valorisés. Il est possible que le petit Paul progresse sous les assauts pédagogiques de son maître ou sa maîtresse, mais il risque tout de même d’avoir des résultats décevants aux Nouvelles Evaluations Nationales. Il aura sans doute la l’entêtement de ne pas atteindre le score attendu. Restons donc pragmatiques : le plus important, c’est que Paul accumule bien dans son cursus un nombre minimal de PPRE, et surtout, qu’il ne redouble jamais. Le mieux est qu’il se trouve une nouvelle école pour son entrée en CE1 ou CM2. Autant rester prudent, et préserver notre établissement de l’influence néfaste que cet élève pourrait avoir sur les résultats de l’école.

Axe 2 : Accroître la performance des enseignants au regard des nouveaux enjeux pédagogiques (socle commun, évaluations, aides aux élèves et aide aux futurs enseignants.)

« Les enseignants ont du mal à entrer dans le "savoir évaluer par les compétences" et à sortir d’une logique disciplinaire », a remarqué M. Lacombe.

  • Parle-t-on ici de ceux qui s’obstinent à produire des évaluations qui portent sur un apprentissage plus complexe et transversal que celui qui permet de cocher "sait utiliser le futur", ou "pose une addition à deux chiffres" ?

L’un des objectifs est de consacrer au moins 30 % des conseils de cycle à l’aide aux élèves. Le taux est aujourd’hui de 15 %, ce qui est « nettement insuffisant » selon l’IA du Lot.

  • Centrer les conseils de cycle sur l’aide aux élèves est encore une fois vraiment louable, nous sommes prêts à applaudir. Mais nous modérons notre enthousiasme en lisant la suite :

Les résultats attendus portent sur la mise en place de conseils de cycle pour organiser
- la validation du socle,
- l’intégration des enjeux pédagogiques du socle commun dans les pratiques de classe,
- l’optimisation de l’autonomie des élèves dans leurs apprentissages,
- en sensibilisant les enseignants à cette priorité.

    • Donc, ce qui est important :
      - c’est de valider le socle commun,
      - de bien être sensible à cette priorité
      - de bien intégrer ce socle dans les pratiques de la classe. Mais tout cela n’est pas synonyme de "se consacrer à l’aide aux élèves". C’est plutôt : "voir si on le fait de la manière demandée".
    • On en sait pas trop ce que "optimiser l’autonomie dans les apprentissages des élèves" vient faire là. Ce n’est pas forcément le premier palier de l’aide aux enfants en difficulté : "tiens, tu ne sais pas le faire, eh bien fais-le donc tout seul."

Autre piste, favoriser :
- la constitution d’un vivier stable d’enseignants référents,
- l’augmentation du nombre d’enseignants en capacité de co-intervenir dans le cadre d’animations
- et l’augmentation du nombre de maîtres formateurs (CAFIPEMF)
issus de ce groupe de travail. (!)

    • Rappelons que dans un contexte où l’on supprime les IUFM et la formation des maîtres, il est urgent de prévoir des enseignants référents, et de bien vérifier qu’ils transmettront les bonnes directives.

Axe 3 : Développer la diversité de l’enseignement des langues vivantes.

La stratégie vise enfin à renforcer la formation des enseignants en anglais pour une meilleure autonomie concernant l’enseignement de cette langue, même si « l’apprentissage de l’espagnol et de l’allemand est également à développer », rappelle le recteur Olivier Dugrip.

  • ... Donc, formons les enseignants en anglais, vite fait, ce qui permet de supprimer les intervenants extérieurs... et garantit la diversité des langues par la suite enseignées.

Un progrès pour l’école ?

Vous vous demandiez, en tant que parent, en tant qu’enseignant pourquoi tout ce battage inutile autour d’Évaluations Nationales qui, après tout, existent depuis longtemps ?

Vous trouviez légèrement paranoïaques les exaltés de tous bords qui dénonçaient un changement majeur d’orientation infligé à l’école ?

Nous y sommes : la gestion de l’école par le chiffre, la réduction de l’éducation à une quête de performance. Pour les enfants, les parents, les enseignants, le stress et la mise en compétition.

Pour nos quartiers populaires, l’aggravation de la construction de ghettos, l’appauvrissement des programmes, une stigmatisation accrue...

C’est pourtant dans ces zones qu’il est urgent de trouver de solutions effectives, de favoriser délibérément la mixité sociale et d’améliorer les chances de débouchés au sortir de l’école.

Les contrats d’objectifs complètent un dispositif qui favorise délibérément l’évolution opposée. Au bout du compte, il reste peu de chances réelles de voir l’offre éducative s’améliorer pour ceux qui en ont le plus besoin.

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A lire aussi : Améliorer la réussite scolaire en Ariège

Pour approfondir tel ou tel aspect des réformes en cours, n’hésitez pas à vous aventurer dans le site : "Quelle école pour demain ?"

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