Enseigner... Mais à tout prendre, qu’est-ce ?

mardi 24 novembre 2009
par moka
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Toute réforme relève d’une vision globale. Pour comprendre la disparition prévue des IUFM pour 2010, et la suppression pure et simple de la formation spécifique aux métiers d’enseignement, il est utile de revenir aux textes officiels.

Les courageux étudieront l’ensemble des propositions du groupe de professionnels consulté pour préparer cette réforme. Ils pourront également s’intéresser à la synthèse publiée après les états généraux de la formation continue.

Ces textes ont en commun de traduire une réelle réflexion sur le métier d’enseignant, d’avancer des propositions cohérentes et abouties pour une formation de qualité.

Ils ont malheureusement également en commun d’avoir été totalement ignorés par Mr Chatel et Mme Pécresse pour l’élaboration finale de la dernière mouture de leur réforme de la formation des maîtres, qui a été publiée le 13 novembre, et continue de faire l’unanimité contre elle.

Tenons-nous en aux critiques concernant la formation des professeurs des écoles.
- Cinq ans de formation au lieu de quatre pour arriver au concours,
- Suppression de l’année de formation rémunérée en IUFM,
- Suppression de l’alternance pratique accompagnée/théorie de l’enseignement : pédagogie, didactique des matières à enseigner, psychologie de l’enfant..., offerte au cours de cette année en IFUM.

Après cinq ans d’études, les futurs professeurs des écoles seront-ils mieux formés pour travailler dans les classes avec vos enfants ? Eh bien, l’ennui, c’est qu’ils auront subi cinq ans de "master généraliste" au mieux dans deux matières, pour être, à la suite du concours, directement affectés à l’année dans une classe.

Passons sur cette année terrible de fin d’études, où il faudra en même temps passer les concours, obtenir son master, trouver le temps de faire éventuellement des stages.. Ne nous attardons pas sur l’angoisse du spécialiste en Botanique Tropicale donné en pâture à une classe de petite section, puisque celles-ci sont promises à disparaître.
- Nos futurs collègues, après 5 ans de spécialisation dans tout au plus deux matières, devront se montrer de brillants improvisateurs dans les huit autres domaines qu’ils seront appelés à enseigner...
- Ils devront également trouver tout seuls les techniques qui permettent de gérer un groupe de façon satisfaisante, et toutes les facettes du métier d’enseignant.

On peut rester dubitatif, et se demander pourquoi, finalement, détruire ainsi un fonctionnement qui ne demandait qu’à être amélioré ?
- Certes, il est bien utile, dans les objectifs actuels d’éradication de postes de fonctionnaires, de pouvoir supprimer sans trop de remous 16.000 postes enseignants.
- De même, les IUFM représentent depuis longtemps le diable : des gens qui réfléchissent à la pédagogie sont fondamentalement hostiles aux logiques comptables. Briser cette entité peut donc s’envisager comme un simple verrou de résistance à faire sauter.
- Par ailleurs, bricoler une cotte* de master mal taillée et non fonctionnelle présente l’avantage de pouvoir se passer de l’accord des Universités : pas de maquettes à exiger, pas de blocage possible.

Mais quand même... Il peut paraître bien réducteur de limiter la réflexion de nos ministres à des considérations aussi primaires. Cependant, en relevant sur les sites officiels la trace de cette réflexion, on peut mettre en évidence une évolution bien réelle de la vision de l’enseignement.

1994 : Référentiel de compétences et capacités caractéristiques d’un professeur des écoles.

On peut trouver sur le site eduscol des définitions, certes un peu anciennes, mais qui dessinent un profil assez proche de notre réalité quotidienne... Les différents points listés composaient grosso-modo le cahier des charges des IUFM. Tout n’était pas parfaitement acquis chez nos jeunes enseignants, nous sommes d’accord, mais ils avaient des bases communes de réflexion qui leur permettait d’intégrer le reste.

Le professeur des écoles doit être capable d’enseigner à tous les niveaux de l’école primaire.

- maîtriser les grands concepts relatifs aux disciplines enseignées à l’école maternelle et élémentaire
- maîtriser clairement les connaissances de base des langages fondamentaux (orthographe, expression écrite, mécanismes opératoires, proportionnalité...
- être capable d’initier ses élèves à une langue vivante, étrangère ou régionale.
- posséder des connaissances et des outils d’enseignement relatifs à toutes les disciplines qui sont au programme des écoles (français, mathématiques, sciences et technologie, histoire et géographie, éducation civique, éducation artistique, éducation physique et sportive).
- avoir une connaissance du développement de l’enfant et des processus d’apprentissage.
- être en mesure de repérer, d’analyser les difficultés individuelles les plus courantes et d’y remédier.

Le professeur des écoles doit être capable d’enseigner à tous les niveaux de l’école primaire.

- faire de l’élève un acteur des projets de classe
- développer les aspects sociaux : entraide, coopération. écoute de l’autre…

Il doit évaluer et gérer les apprentissages des élèves :
- utiliser des techniques de classe (du tableau à la BCD, en passant par l’ordinateur)
- savoir choisir un manuel et justifier ce choix
- analyser les besoins
- établir une progression
- associer l’élève à sa propre progression et expliciter avec lui les objectifs à atteindre
- repérer des difficultés et des compétences individuelles
- mesurer des progrès
- développer une attitude réflexive sur sa pratique
- proposer un accompagnement méthodologique
- mesurer l’efficacité de son enseignement.

Il doit savoir définir des exigences pour tous les élèves et s’adapter à leur diversité, par l’élaboration de plans d’action pédagogique diversifiée, en tenant compte des performances et des capacités individuelles :
- définir les objectifs à atteindre
- énoncer sa propre stratégie
- prévoir ses démarches et les supports de l’action
- estimer la durée
- élaborer les modalités d’évaluation de l’action
- communiquer le bilan des opérations.

Le professeur des écoles doit être capable d’enseigner dans une école.

Il doit assurer la continuité et la cohérence des apprentissages, par un travail en équipe des maîtres, dans le cadre d’un projet d’école et d’un projet de cycle.

Il doit connaître la place de l’école dans le système éducatif et dans la société.
- la famille et l’école : l’information des familles, la place des parents à l’école, leur participation à la vie de l’école.
- le quartier et l’école : la santé, la police, la justice, la sécurité, les associations
- les collectivités locales : prioritairement la commune.

Il doit connaître les relations entre l’école et son environnement social, économique et culturel, en vue d’adapter son enseignement à la diversité des classes et des écoles :
- les autres ordres d’enseignement et en priorité le collège
- l’administration de l’Éducation nationale, et en priorité ce qui est relatif à l’école (programmes, horaires, instructions officielles, personnel, textes réglementaires...) mais aussi à l’histoire, au fonctionnement du système...  

Conclusion

Quelles que soient les situations d’exercice de ce métier, il convient que le professeur des écoles :
- porte un regard positif sur l’enfant,
- développe une attitude réflexive sur sa pratique,
- donne une dimension sociale au métier d’enseignant.

2006 : Dix compétences professionnelles pour enseigner.

Ces textes de 2006, relevés sur le site de l’Académie de Reims donnent un éclairage bien différent de notre métier :

- agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable ;
- maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer ;
- maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale ;
- concevoir et mettre en œuvre son enseignement ;
- organiser le travail de la classe ;
- prendre en compte la diversité des élèves ;
- évaluer les élèves ;
- maîtriser les technologies de l’information et de la communication ;
- travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires de l’école ;
- se former et innover.

Nous retrouvons bien sûr quelques éléments des textes précédents, mais la mise en évidence en préalable de la définition de fonctionnaire peut sembler étonnante, et parfois peu efficace, par exemple, pour réfléchir au fonctionnement d’une classe de CP.

Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable

Pour cela connaître :

- les valeurs de la République et les textes qui les fondent : liberté, égalité, fraternité ; laïcité ; refus de toutes les discriminations ; mixité ; égalité entre les hommes et les femmes ;
- les institutions (État et collectivités territoriales) qui définissent et mettent en œuvre la politique éducative de la nation ;
- les mécanismes économiques et les règles qui organisent le monde du travail et de l’entreprise ;
- la politique éducative de la France, les grands traits de son histoire et ses enjeux actuels (stratégiques, politiques, économiques, sociaux) en comparaison avec d’autres pays européens ;
- les grands principes du droit de la fonction publique et le code de l’éducation : les lois et textes réglementaires en relation avec la profession exercée, les textes relatifs à la sécurité des élèves (obligations de surveillance par exemple) et à la sûreté (obligation de signalement par exemple) ;
- le système éducatif, ses acteurs et les dispositifs spécifiques (éducation prioritaire, etc.) ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- ses droits et recours face à une situation de menace ou de violence ;
- l’organisation administrative et budgétaire des écoles et des établissements publics locaux d’enseignement ;
- les règles de fonctionnement de l’école ou de l’établissement (règlement intérieur, aspects budgétaires et juridiques) ;
- les caractéristiques et les indicateurs de l’école ou de l’établissement d’exercice ;
- le projet de l’école ou de l’établissement d’exercice ;
- le rôle des différents conseils (conseil d’école, conseil des maîtres, conseil de cycle, d’une part, conseil d’administration, conseil pédagogique, conseil de classe, conseil de discipline, d’autre part).

Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale.

Une bonne maîtrise des savoirs enseignés est la condition nécessaire de l’enseignement. Le professeur a une connaissance approfondie et élargie de sa ou de ses disciplines et une maîtrise des questions inscrites aux programmes. Il connaît les composantes du socle commun de connaissances et de compétences, les repères annuels de sa mise en œuvre, ses paliers et ses modalités d’évaluation. Il aide les élèves à acquérir les compétences exigées en veillant à la cohérence de son projet avec celui que portent les autres enseignements. Il possède aussi une solide culture générale qui lui permet de contribuer à la construction d’une culture commune des élèves. Il pratique au moins une langue vivante étrangère.

Le professeur des écoles connaît :
- les objectifs de l’école primaire et du collège ;
- les concepts et notions, les démarches et les méthodes dans chacun des champs disciplinaires enseignés à l’école primaire.

Le professeur des écoles est capable :
- d’organiser les divers enseignements en les articulant entre eux dans le cadre de la polyvalence ;
- de profiter de la polyvalence pour construire les apprentissages fondamentaux ;
- d’insérer dans les apprentissages les exercices spécifiques et systématiques pour développer les automatismes (lecture, écriture, calcul, grammaire, orthographe, éducation physique, etc.).

Conclusions

Nous vous laissons le soin de poursuivre cette lecture... Vous y retrouverez certes un certain nombre des points précisés dans les définitions de 1994, mais leur présentation, leur hiérarchisation souligne bien un changement de l’esprit général... Et les points de pédagogie cités ne feront plus l’objet d’un apprentissage réel et d’une pratique préalable sur le terrain.

Certes, il est plus facile et économique d’organiser un module intitulé : "agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable"... que d’accompagner correctement des stages pratiques dans les classes.

A lire aussi :

Formation des maîtres et masterisation. (N’hésitez pas à consulter les articles plus anciens en cliquant sur les petits chiffres bleus, en bas de la liste affichée...)

Notamment :
- La mastérisation pour les nuls
- Autres contre-vérités : la formation des maîtres...
- Réflexions sur le recrutement et la formation des maîtres. ... par un inspecteur honoraire.
- Professeur des écoles : un métier qui s’apprend ?

Remarque :

*cotte mal taillée : oui, nous savons, l’écriture la plus courante est cote, comme mesure. Nous nous obstinons à nous référer à la moyen-âgeuse cotte ou pièce de vêtement. Porter la cotte de maille taillée pour son grand frère n’est certes pas une partie de plaisir... Et c’est cet inconfort-là que nous évoquons ici...


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