Résistance pédagogique : un an déjà !
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Un an déjà depuis la publication de la lettre de désobéissance d’Alain Refalo. Parcours jalonné de nombreux engagements similaires, de sanctions plus ou moins hétéroclites, de solidarité.
Aujourd’hui, la charte de désobéissance prend le relais de ce mouvement de résistance affirmée, et compte plus de 2100 signataires.
Extraits de témoignages de désobéisseurs.(Source)
Le tout est supérieur à la somme des parties.
« Notre mouvement a commencé comme un cri instinctif de protestation, de réaction, à l’instinct… Ce qu’on nous demandait n’était tout simplement pas possible.
L’initiative citoyenne d’Alain, sa prise de position publique en novembre 2008 sont venues à point nommé pour de nombreux collègues, pour moi aussi.
L’urgence même de faire cesser toute opposition au sein du corps enseignant par des sanctions sans rime ni raison nous prouve, s’il en est besoin, l’importance de continuer. Continuer d’alerter, de dénoncer, continuer de proposer des alternatives, c’est ce qui fonde le rassemblement de nos individualités si diverses.
« Le tout est supérieur à la somme des parties », il me semble que cette proposition décrit bien le Réseau, sa richesse et ses potentialités. Je suis fière et heureuse d’en être devenue une partie. »
Valérie
Faire un peu sa part, comme le colibri…
« Une légende amérindienne raconte qu´il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul, un colibri s´activait et allait chercher quelques gouttes d´eau dans son bec pour éteindre le feu.
Au bout d´un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit :
Colibri ! N´es-tu pas fou ? Tu crois que c´est avec ces gouttes d´eau que tu vas éteindre le feu ?
Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part… »
Extrait du livre : La part du colibri : L´espèce humaine face à son devenir de Pierre Rabhi
« Participer à un mouvement de résistance pédagogique, c’est pour moi, faire un peu sa part, comme le colibri… »
Audrey F. (13)
Demeurer intacte dans mon intégrité morale
« Que m’a apporté cette aventure ?
Tout d’abord, le deuil d’une certaine naïveté qui me portait à appliquer en toute confiance les directives du ministère - avec toutefois davantage de discernement et de méfiance ces dernières années, parce que quand même, certaines demandes de l’administration devenaient farfelues, mais bon...
Ensuite, la voie de la résistance m’a permis de demeurer intacte dans mon intégrité morale : avant de prendre la décision de franchir le pas ouvertement et en revendiquant mes positions, je ne savais que fulminer, tourner en rond dans ma cage intellectuelle, mais ce genre de manifestations ne font pas de bien, au contraire ; l’impuissance et la rage sont destructrices et peu productives.
Il m’a donc été donné de pouvoir AGIR, ne plus SUBIR, prendre à bras le corps ce tas d’ordures qu’on ne cessait de nous déverser dessus, pollution de nos valeurs et de nos idéaux.
Ensuite, ce sont des rencontres merveilleuses avec des hommes et des femmes de conviction, qui aiment la vie, sont des passionnés, s’engagent dans leur mission d’éducateurs et font preuve d’infiniment de respect et de tolérance les uns envers les autres. La diversité des points de vue et des sensibilités s’est trouvée transcendée par une nécessité commune : défendre des valeurs universelles.
Sur un plan plus intime, je pense avoir été changée en profondeur : j’ai davantage remis en question mes pratiques professionnelles en un an que dans toute ma carrière, et j’ai réexaminé les relations que j’entretiens avec mes propres enfants avec un œil neuf.
Alors, bien sûr, j’ai été abîmée, rongée par le doute, effrayée, surmenée, au bord de la rupture nerveuse, mais en définitive j’ai également puisé des forces insoupçonnées dans mes ressources propres et découvert une détermination inébranlable . J’ai rencontré la personne que je suis, que je pressentais être, et que je suis fière de rester malgré tout. »
Pascale
Tenir un point.
(...)« J’ai lu la lettre de Refalo, comme des milliers de gens. Et j’ai bien aimé l’idée de la conscience personnelle. J’avais déjà réfléchi à cela en lisant le livre de Badiou, où il propose de « tenir un point » et de réfléchir à partir de ce point.
Moi, j’ai réfléchi du point où je suis, directrice d’une école regroupant des militants Freinet, dans la banlieue de Paris, au sein d’une cité en cours de restructuration censée apporter de la mixité sociale, mais apportant pour l’instant surtout des expulsions et des gravats.
Alors, voici le point qui est le mien, non pas le point de vue, mais le point d’action :
Il faut défendre l’école publique. Non pas telle qu’elle est, ni telle qu’elle a été, comme le laissent croire des images d’Epinal rétrogrades. Il faut défendre pied à pied ce qu’on a longtemps cru être des acquis.
Mais rien n’est jamais acquis à l’homme et encore moins aux enfants.
Ni l’école, ni l’hôpital, ni la retraite des vieux.
Il faut défendre l’école publique, car elle est la cible d’attaques éhontées. Comme pour l’hôpital où pendant des mois, on a entendu parler des infections nosocomiales, avant d’apprendre que services après service, tout ce qui était « rentable » passerait au privé ; une grande campagne contre l’école nous rebat les oreilles de l’échec scolaire et de l’ évidence de la réussite scolaire pour tous ceux qui iront dans l’école qu’ils auront « choisie ».
Il faut défendre l’école publique de toutes nos forces. Et il faut rappeler à nous tous ceux qui sont prêts à se battre pour la défendre, tous les gens des campagnes, tous les gens des milieux populaires, tous les gens des banlieues, qui savent bien que lorsqu’il faut payer pour entrer, il y a des gens qui n’entrent plus.
Il faut défendre l’école publique de toutes les manières possibles Parce qu’au gouvernement, il y a une majorité de gens qui veulent augmenter la possibilité de faire des profits avec l’école : il y avait déjà le « soutien scolaire », les « cours d’été », l’école privée, et un matraquage constant de la « réussite scolaire » assorti à une « réussite sociale » visant à avoir une rolex avant trente ans et une chanteuse avant cinquante.
Il faut défendre l’école publique parce que pour moi, c’est aussi l’idée d’une autre société, plus juste, plus humaine, plus respectueuse que cela défend. Alors, les menaces ridicules de blocage d’échelon, les retraits de salaires démesurés, les procès, les retraits d’emploi, toute l’agitation du ministère montre à quel point il faudrait finalement peu de courage et peu d’effort pour changer le monde.
Il faudrait d’abord s’entendre, et unir nos forces pour tracer le chemin. Et cela, on devrait tout petit l’apprendre à l’école. L’école publique de son quartier. »
Véronique
Lutte pour le bien commun
« Ce qui nous unis tous au-delà de l’amour de notre métier, des enfants et de l’avenir c’est la résistance, l’esprit de lutte pour le bien commun, sans lequel nous ne nous serions jamais rencontrés.
Nous sommes encore regardés comme des « bêtes de foire », même si le nombre de nos amis augmente, il reste encore trop faible pour franchir la « masse critique » du rapport de force.
Jusqu’à présent toutes (ou presque) nos initiatives nous ont souri, tout simplement parce nous avons initié les choses, parce nous nous sommes mutuellement fait confiance, parce nous avons privilégié le dialogue et le débat contradictoire. Et quelques soient les décisions qui sont prises, nous les respectons, c’est notre force. »
Patrick T.
Cadeau de la vie
(...) « Et sans vous, vos écrits, vos réflexions, votre propre engagement puis sans ce mouvement que j’ai vu ( ou plutôt lu sur le blog...) se construire de l’individuel vers le collectif, sans toute l’humanité qui en émanait, je n’aurais pas pu franchir seule ces obstacles, entrer en résistance et être en accord avec ma conscience.
Pour moi, c’est comme un immense cadeau de la vie, aussi immense que la reconnaissance et la gratitude que je ressens à ce jour ...Grâce à vous, j’ai grandi !!! »
Dominique
On n’existe que par les relations que l’on a tissées.
(...) « Longue vie au Réseau... pas tellement pour le réseau lui-même, mais plutôt pour les liens qui se sont tissés. Je reste convaincu que ce sont les liens tissés qui font ce qu’on est. On n’existe que par les relations que l’on a tissées.
Bref la construction d’une école respectueuse des droits de l’enfant, c’est aussi la construction de ces liens, la construction d’une société sans cesse à améliorer pour que son organisation respecte de mieux en mieux les individualités, dans la complémentarité, le respect des autres »(...)
Hugues L.
Les droits de l’enfant au cœur de nos pratiques.
(...) « Les courriers que j’avais auparavant envoyés à l’Inspecteur d’Académie ressemblaient étrangement à toutes ces lettres, tantôt individuelles, tantôt collectives, que l’on pouvait lire sur le blog de la Résistance Pédagogique.
C’est donc tout naturellement encore que j’ai rejoint ce mouvement avec ma lettre de désobéissance affichée le 14 janvier 2009. J’étais alors devenu un enseignant-désobéisseur. Alors bien sûr, il y a eu les sanctions financières pour service non fait, mais ces sanctions n’ont jamais freiné mon engagement sincère et déterminé pour mettre en avant l’intérêt supérieur de l’enfant.
Puis les lettres envoyées, les échanges riches et essentiels, les rencontres fortes, humaines, de Marseille, de Montpellier et… la Charte de la Résistance Pédagogique !
C’est dans la construction de ce nouveau texte fondateur que je m’inscris une fois encore : des valeurs, des engagements à résister, et surtout les droits de l’enfant au cœur de nos pratiques. »
Sébastien P. (72)
Arrêter de subir...
« (...) Mettre de côté nos intérêts personnels –de carrière, de salaire, de tranquillité- pour arrêter de subir, de faire semblant et répondre à l’exigence de sa conscience dans l’instant, m’a fait goûter à la paix d’être enfin en accord avec moi-même, mais aussi à la joie de me sentir en harmonie avec un mouvement collectif.
Rencontrer des enseignants des quatre coins de France, partager leur motivation, leur engagement et leur humanité m’a donné une force insoupçonnée, malgré la violence et la dureté du contexte ambiant. Nous sommes éparpillés, mais la force de la solidarité nous relie chaque fois que le besoin s’en fait sentir.
Les résultats immédiats, concrets que nous obtiendrons m’importent peu. Ils découleront forcément du fait de vivre une autre dimension de soi, plus universelle et plus en lien avec les nécessités de l’époque.
Le lien logique entre notre désobéissance et la nécessité d’éduquer en respectant cette même liberté de conscience chez l’enfant constitue à mes yeux une ouverture formidable pour construire une société plus juste et plus solidaire.
Grand merci à tous ! »
Diane

