Cp renforcé : appel à Luc Ferry, et réponse...
Relevé sur Médiapart, un billet de Sébastien Rome, enseignant à Lodève, démontrant l’efficacité du CP renforcé mis en place dans son école.
Ce billet était publié fin Août, alors que le fonctionnement de ce dispositif était condamné, pour satisfaire à la logique actuelle des suppressions de postes d’enseignants.
La réponse de l’ancien ministre de L’Education Nationale est parvenue à l’enseignant trois semaines plus tard : une lettre de soutien total, ainsi qu’un exemplaire du livre Combattre l’illettrisme dont certains passages explicitent l’intérêt des CP renforcés.
« [...] j’avais fait réaliser le livret "Lire au CP", recueil précieux de directives touchant l’apprentissage de la lecture quelle que soit la méthode choisie.
Malheureusement, ces efforts ont été très rapidement détruits, notamment par la dernière réforme, aussi inutile que nuisible, des programmes de l’école primaire.
Mais j’en viens aux mesures plus concrètes - encore que celles que je viens d’évoquer puissent se décliner tout à fait concrètement.
La première et la plus importante, que j’avais bien entendu déjà mise en œuvre lorsque j’étais en charge du ministère et qui fut malheureusement annulée, elle aussi, aussitôt après mon départ, consiste à dédoubler les CP dans toutes les écoles « difficiles » de France, sans exception.
Ces écoles qui n’arrivent pas à faire en sorte qu’au moins 50 % des enfants sachent lire à l’entrée en 6e doivent pouvoir dédoubler leur CP.
L’avantage de ces dédoublements est évident, même s’il a été nié par certains de mes prédécesseurs pour des raisons platement budgétaires qu’on aurait pu parfaitement résoudre (je dirai dans un instant comment) : en dédoublant les CP, on permet à l’enseignant (ce qui est aujourd’hui impossible avec une classe pleine) de faire de la remédiation en même temps qu’il diagnostique l’apparition du mal.
On n’attend pas un an : la maîtresse, ou le maître, peut « réparer » immédiatement. Quand on sait que 80 % des enfants qui n’apprennent pas à lire au CP, en gros, n’apprennent jamais à bien lire, on comprend que l’enjeu en vaille singulièrement la chandelle !
Or, contrairement à une idée reçue par des budgétaires au petit pied, cela coûte très peu, car on peut très aisément faire ces dédoublements avec des assistants d’éducation qui travaillent sous l’égide du maître.
Quitte à refaire en masse de l’emploi aidé, c’est ici qu’il faut l’utiliser ! C’est donc une vraie erreur d’avoir supprimé ce dispositif qui était excellent. [...] »
("Combattre l’illettrisme", Luc Ferry, Odile Jacob, septembre 2009, p71-72).
Malheureusement, la fermeture a bien eu lieu, et ces enfants devront se passer de cette aide efficace. Ils subiront, peut-être à long terme, les conséquences d’un échec précoce qui aurait pu être évité.
Dans la logique des suppressions de postes, ce sont eux, les sacrifiés.

