Autres contre-vérités : la formation des maîtres...
C’est à chaque fois la même question :
Quel est l’objectif réel des déclarations de Mr Darcos ?
Est-il possible d’être à la tête du Ministère de l’Education Nationale et d’en savoir si peu sur son fonctionnement ?
Les contre-vérités fleurissent dans ses propos :
au sujet de la maternelle,
au sujet des RASED,
au sujet du budget de l’Education Nationale et de son efficacité,
au sujet des programmes scolaires et de l’apprentissage de la lecture...
On peut ajouter à cela le discours méprisant de Mr Sarkosy concernant la recherche.
On est en droit de se demander :
si c’est possible d’en savoir si peu ;
si on espère vraiment convaincre l’ensemble de la population par des propos aussi grossiers.
Au final, quel est le but réel des propos de Mr Darcos :
entretenir le mépris d’une certaine couche de la population envers les enseignants ?
ou amplifier, par des provocations répétées, la révolte des acteurs de l’Ecole et de l’Université...
… pour mieux, ensuite, disqualifier toute réflexion critique.
Quoiqu’il en soit, le dernier thème en cours -la remise en cause de la formation pédagogique et pratique des maîtres- ne reçoit pas un traitement différent des autres...
Déclaration de Mr Darcos à RTL jeudi 12 février :
"Aujourd’hui (...) les professeurs passent un examen, un concours, ils sont mis dans l’Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l’éducation et puis de temps à autre ils vont remplacer un professeur absent. Ce n’est pas comme ça qu’on forme des gens.
Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol.
Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol, ils s’installeront dans le cockpit avec un copilote et ils entreront dans la carrière."
Réponse de Mr François Grèzes-Rueff :
Mr François Grèzes-Rueff est Agrégé d’histoire (1977), professeur dans le second degré (1978-1989), maître de conférences à l’IUFM de Midi-Pyrénées depuis 1996
Monsieur Darcos,
Vous avez été professeur, ce soir vous ne l’êtes plus, simple question d’éthique. Le politicien médiocre que vous avez choisi de devenir a préféré la facilité : vous mentez.
Vous savez que les professeurs stagiaires ne se contentent pas de « remplacer quelques professeurs absents », vous le savez puisque ce sont vos services qui, chaque année, mettent en place à leur intention des classes en toute responsabilité, 8 h. par semaine dans le second degré, un jour par semaine dans le premier degré.
Vous savez qu’ils sont encadrés, « compagnonnés » si vous préférez ce néologisme, par des enseignants chevronnés, qui enseignent dans des classes, maîtres-formateurs du premier degré et professeurs associés du second degré : vous le savez parce que ce sont vos services déconcentrés, les rectorats et les inspections académiques qui en fournissent les moyens.
Vous savez qu’en lieu et place de « théories générales de l’éducation », ils doivent se confronter à la rude réalité d’un métier qu’ils comprenaient mal, et que la brève respiration que leur offre les journées de formation, avec l’appui de leurs tuteurs et la solidarités des autres stagiaires, est l’oxygène indispensable qui souvent, leur permet de garder confiance.
Vous savez que la "réforme" que vous proposez, précisément, conduit à un « simulateur de vol » pendant leur formation en master, parce que vous ne voulez pas financer une vraie formation en alternance, et que la première année de pratique professionnelle, à cause de cela, sera souvent une épreuve insurmontable et traumatisante pour les débutants.
Vous êtes en train d’inventer ce que votre démagogie vous conduit à imputer aux instituts universitaires de formation des maîtres...
Il y a des problèmes réels à résoudre à l’Ecole, notamment :
un accueil plus adapté des 2 ans en maternelle,
un traitement plus efficace de la difficulté scolaire, en particulier au collège,
une formation des maîtres plus approfondie, mieux appliquée à la réalité d’un métier difficile,
une meilleure prise en compte des diplômes universitaires…
Malheureusement, les décrets actuels en prétendant s’y intéresser, ne font qu’empirer la situation.
Par exemple :
ils suppriment l’aide spécialisée en faveur des enfants en difficulté ;
ils remettent en question l’accueil en maternelle des enfants de 2 ans... et à terme, des petite et moyenne sections... au profit de structures payantes et dotées d’un personnel d’encadrement moins qualifié ;
ils alourdissent le rythme scolaire ;
ils mettent en place des programmes successifs contradictoires et rapprochés ;
ils remettent tout le volet professionnel de la formation des maîtres.
A chaque fois, l’analyse critique des acteurs de terrain n’a que peu d’impact sur les convictions et les décisions du Ministre actuel de l’Education Nationale...
En effet, tout individu travaillant dans l’Education, du professeur des écoles au formateur en IUFM, du professeur-chercheur à l’Inspecteur de l’Education Nationale, est disqualifié d’avance dans son argumentation.
Ce ne sont que des opposants rétrogrades, immobilistes sclérosés.
Dans cet état d’esprit, il n’est pas considéré comme indispensable :
de s’informer en détail sur la réalité du fonctionnement du système,
d’évaluer ce qui est positif, et ce qui pose réellement problème,
de réfléchir effectivement à une amélioration de l’efficacité de l’ensemble.
Les priorités semblent plutôt :
- de réduire le nombre des enseignants titulaires, d’en briser l’unité, pour pouvoir par la suite agir sans entrave,
- de diminuer les moyens attribués à l’Education.
Dans un contexte où la population reste tout de même attachée à l’école, on espère masquer le risque de réduction de la qualité du service :
en allant vite, pour créer une impression de mouvement,
en assaisonnant sa politique d’un habillage de communication grossier mais répété, qui peut finalement convaincre un public peu informé.
A nous de nous montrer lucides et vigilants, et d’exiger une réelle réflexion sur l’Ecole...
INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES :
Enregistrement de l’émission sur RTL, et commentaires à ces propos
sur le site : Enseigner est un métier qui s’apprend :
Réflexions sur le recrutement et la formation des maîtres :
Article sur le fonctionnement des Instituts Universitaires de Formations des Maîtres :
Professeur des écoles : un métier qui s’apprend ?
Autres informations concernant l’Ecole, et la mobilisation en faveur de L’Ecole en Auvergne :


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